20 septembre – Le batteur du Boléro – La femme du dimanche

Le court :

Le batteur du Boléro

de Patrice Leconte

Un film culte servi par l’immense talent de Jacques Villeret.

A quoi peut bien penser le batteur du boléro de Ravel pendant toute la durée du morceau ? Avec une application infinie, cet homme va frapper ces mêmes coups sans cesse répétés sur la caisse claire qui se trouve devant lui. Seul le batteur nous intéresse, obstinément pendant la durée du Boléro, jusqu’à l’accord final et aux saluts face au public.

La première rencontre du cinéaste Patrice Leconte et de l’acteur Jacques Villeret avait eu lieu pour le long métrage Circulez y’a rien à voir (1983), avec aussi Michel Blanc et Jane Birkin. Tous deux se sont retrouvés avec ce Boléro… tourné en un plan-séquence qui débute face à l’orchestre, avec le chef de dos, avant d’effectuer un travelling latéral jusqu’au batteur, situé au fond sur le côté de l’ensemble musical.
L’acteur est ainsi entouré des véritables instrumentistes de l’Orchestre symphonique de Paris, mené par Laurent  Petitgirard, qui exécute 7 minutes 30 du Boléro de Maurice Ravel, cette création mythique du compositeur français, musique de ballet pour orchestre créée en 1928.
La mélodie, ultra-connue, repose sur l’uniformité et la répétition, le long d’un lent crescendo, avec des effets variants, jusqu’à un final explosif. Et la gestion de la durée permet à Jacques Villeret de passer d’un masque expressif initial à une série de mimiques et de modulations de parties du visage (regard, sourcils, bouche), au fur et à mesure que le morceau avance. Et la monotonie envahit le corps même de l’interprète, figé et fixé à son
siège, répétant inlassablement les mêmes gestes.

Durée 08’12 • Catégorie Fiction • Genre Humour • Pays France • Année 1992 •

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Le long :

Pour cette séance, le choix était laissé aux adhérents entre 3 films dont la musique a été composée par Ennio Morricone.

Ils ont choisi (à 54 %) :

LA FEMME DU DIMANCHE

de Luigi Comencini

La Femme du dimanche : Affiche

« On peut rire avec tendresse des humbles, on doit rire avec méchanceté des puissants » Luigi Comencini

« Ce sont des personnages très futiles, très décadents… » Jean-Louis Trintignant

Date de sortie : 1965

Durée : 1h 45min / Comédie dramatique

Date de reprise : 15 juin 2016

Réalisé par : Luigi Comencini

Avec : Jacqueline Bisset, Marcello Mastroianni, Jean-Louis Trintignant

Nationalités : Italienne, française

À Turin, le minable architecte Garrone, mondain et obsédé sexuel, est assassiné. Le commissaire Santamaria, originaire de Rome et peu familier avec la capitale du Piémont, est diligenté sur l’affaire. Il soupçonne d’abord Anna Carla Dosio, riche bourgeoise qui s’ennuie auprès de son industriel de mari : deux domestiques qu’elle venait de renvoyer ont en effet livré à la police un brouillon de lettre où elle semblait souhaiter la mort de Garrone.

Plutôt qu’à une intrigue policière, d’ailleurs assez laborieuse, c’est à une peinture satirique de la grande bourgeoisie turinoise que Comencini nous convie. Turin compte, à l’époque 300.000 turinois, les riches, exploiteurs, et 700.000 Siciliens attirés notamment par le tout-puissant Fiat, exploités, les pauvres.

Ce film est un film policier à première vue, ou plutôt un drame bourgeois mais pas seulement. Une comédie de mœurs ? Au demeurant, certainement un film assez inclassable, à la manière de Comencini soutenu par la combinaison entre deux tandems de l’histoire culturelle de l’Italie. Tout d’abord, l’intrigue est tirée d’un livre écrit par les écrivains turinois de droite Fruttero et Lucentini. Et le scénario est signé avec leur concours par Age et Scrapelli, gauchisants, auteurs entre autres d’un certain nombre de chefs-d’œuvre de la comédie italienne tels que Le pigeon, Larmes de joie, Les Monstres, Au nom du peuple italien ou encore Nous nous sommes tant aimés. Avec un sens inégalable de l’ironie dans un dialogue pétillant, ces quatre larrons ont su s’allier pour pourfendre toutes les formes d’asservissement, qu’il soit politique ou social et portraiturer cette grande bourgeoisie turinoise hypocrite, corrompue, lâche et dépravée en en soulignant la profonde vacuité.

Le film bénéficie d’un casting de premier plan soutenu par une ritournelle lancinante d’Ennio Morricone qui souligne le rythme nonchalant de l’enquête. Jacqueline Bisset incarne merveilleusement une bourgeoise particulièrement vénéneuse. Marcello Mastroianni, plein de charme et de malice remet en cause les caricatures habituelles des policiers en composant une figure de modeste commissaire populaire, venant du Sud, non dénuée de complexité que le public a rapidement adoptée. Sa découverte des drôles de moeurs de ce milieu semble l’amuser autant que nous. Jean-Louis Trintignant, fort de ses nombreuses incursions dans le cinéma italien de l’époque, notamment plusieurs comédies,  campe de façon savoureuse un fils-à-papa convaincant sous son travers homosexuel.

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