19 janvier – Denise d’Aubervilliers – La vieille dame indigne

LA VIEILLE DAME INDIGNE

de Marcel Allio

Date de sortie : 29 mars 1965

Date de reprise : 9 juillet 2014 – Version restaurée

Durée : 1h 34min)

Réalisateur :  René Allio

Avec : Sylvie, Victor Lanoux, Jean Bouise, Malka Ribowska

Genre : Comédie dramatique

Nationalité : française

Critikat : « un conte libérateur mâtiné de la nostalgie des réalistes qui narre les derniers mois de Berthe, tout juste veuve et prête à vivre enfin un peu »

Le Monde (Jean de Baroncelli le 29 mars 1965) : « C’est un bien joli film qu’a réalisé René Allio. Un film intelligent, discret, pudique, sensible, spirituel. Un film inattendu. Une étrange petite enclave dans la production cinématographique courante »

À Marseille, une vieille femme, Madame Bertini, se retrouve seule à la mort de son mari. Tous ses enfants sont mariés et dispersés dans la région à part Albert et Gaston qui sont restés à Marseille. Par intérêt pour l’héritage, les deux fils cherchent à accaparer leur mère. Mais elle décline leur invitation et, avec le peu d’argent reçu des ventes de l’entreprise familiale en faillite et de tous les biens qui avaient constitué son quotidien jusqu’alors, elle s’achète une voiture et part à l’aventure en compagnie d’une serveuse de bar, Rosalie, une jeune femme très libre pour laquelle elle s’est prise d’amitié, ainsi que d’Alphonse, un cordonnier libertaire…

C’est le premier long-métrage de René Allio qui avait tourné un court La meule, avec Jean Bouise et Henri Serre en 1962. Il a été très remarqué au Festival de Venise. L’argument du film est adapté d’une nouvelle de Bertold Brecht. La bande originale du film fut écrite par Jean Ferrat. Le morceau du générique, « Loin », lui doit les paroles, la partition mais c’est également lui qui l’interprète dans le film, de même que « On ne voit pas le temps passer ». C’est cependant Victor Lanoux qui jouera le troisième morceau « Tu ne m’as jamais quitté ».

René Allio : « Pour Madame Berthe, j’avais seulement l’idée de son physique : une petite femme menue… J’avais pensé à trois interprètes, dont Sylvie. J’avais pour toutes les trois quelques hésitations : pour l’une je n’étais pas sûr des rapports avec les objets, et pour moi c’est quelque chose de très important… Pour Sylvie, je craignais un peu ce jeu un peu dur, ces regards un peu durs que vous connaissez… Là-dessus, je l’ai vue dans Chronique familiale (Journal intime) de Zurlini, c’était ça, ou du moins cela prouvait que Sylvie pouvait être le personnage que je souhaitais… J’ai eu beaucoup de difficultés, parce que tout le monde était contre. Maintenant tout le monde la trouve formidable, on a peine à imaginer quelqu’un d’autre. »

René Allio : « Pour le travail proprement dit, je pense que je procède comme tout le monde : je reste seul avec le cameraman et les acteurs qui figurent dans le plan, et j’essaie de mettre la scène en place, sans idées préconçues, à partir du contexte, en me fiant au terrain, au corps, aux objets. On discute, on progresse, on fignole, et on tourne. Je crois que c’est là une méthode très courante. L’idéal pour moi ce serait de pouvoir découper après avoir travaillé sur le plateau, pour respecter la continuité dans le jeu. »

Télérama : « Ce premier film d’un nouveau réalisateur est original au meilleur sens du mot. […] Son film ne ressemble ni aux essais incertains et inachevés des films de débutants, ni aux recherches insolites d’un théâtre d’avant-garde. […] Pour sa première œuvre René Allio a réussi avec La Vieille Dame indigne un vrai film d’auteur. »

Cahiers du cinéma : « René Allio n’a pas fait un film complaisant et jouant sur un sentimentalisme facile. Il n’a pas fait l’apologie démagogique de la liberté des vieilles dames, mais au contraire la critique de cette liberté en la montrant impuissante et incomplète, insatisfaisante. Il a montré qu’il ne suffit pas du rêve pour remédier au vice de l’ordre social ou familial. Sa critique ne s’arrête pas au moment où la vieille dame semble connaître le bonheur : elle se renforce subtilement de cette apparence trompeuse de bonheur. De l’existence, la vieille dame n’aura jamais ramassé que les miettes. Le film refuse la bonne conscience. »

 

 

 

 

 

 

 

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Le court

Denise d’Aubervilliers

de Sami Lorentz et Audrey Espinasse

Durée 06’40 • Catégorie Documentaire • Genre Portrait • Pays France • Année 2018

Images rares d’un bidonville de la région parisienne, commentaires de Jacques Prévert. Un témoignage plein d’humanité.

Face aux images de son enfance tournées en 1945 par Jacques Prévert et Éli Lotar dans les logements insalubres d’Aubervilliers, Denise Bilem fouille dans sa mémoire pour exhumer les souvenirs intimes qu’elle a pu conserver.

S’inscrivant dans une série documentaire valorisant le patrimoine des quartiers populaires, intitulée “Filmer la ville”, Denise d’Aubervilliers ressuscite d’émouvante façon une œuvre mythique de l’histoire du format court, Aubervilliers d’Éli Lotar. Tourné dans l’immédiat après-guerre, à l’été 1945, il entreprenait de montrer la misère incommensurable dans laquelle pouvaient vivre, à quelques encablures de Paris, des familles prolétaires dépourvues de tout. Le commentaire en avait été écrit par Jacques Prévert, dont la verve militante faisait merveille, et redonnait sa noblesse à une population laborieuse déshéritée, oubliée des puissants.
Une famille ouvrière en particulier était filmée dans les ruines de la ville et dans un quotidien aux âpres conditions, sans eau courante ni électricité. De nos jours, le duo de coréalisateurs, Audrey Espinasse et Sami Lorentz, a retrouvé l’une des fillettes de ce foyer, alors âgée de huit ans. Étant désormais plus qu’octogénaire, Denise se remémore devant leur caméra cette époque, ce tournage et ses conséquences. Et aussi la carrière
d’actrice qu’elle choisit de ne pas tenter, pourtant encouragée par Prévert, afin de s’occuper de l’une de ses sœurs, malade. Elle n’aura pas décroché les étoiles, comme elle le croyait alors possible, vit toujours en HLM à “Auber” et nous transmet sa joyeuse philosophie de vie, stoïque et rieuse.
Comme dans Babcock, une histoire ouvrière (2017),  les deux jeunes documentaristes excellent à saisir l’humanité ordinaire, pour un portrait aussi émouvant que respectueux. Celui d’une femme, d’une ville et d’une manière de voir le monde.

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