31 janvier – L’homme qui tua Liberty Valance – Ce n’est pas un film de cow-boys

« This is the West, sir. When the legend becomes fact, print the legend«

« On est dans l’Ouest, ici. Quand la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende »

Date de sortie : 3 octobre 1962

Durée : 2 h 03

Réalisé par John Ford

Avec : John Wayne, James Stewart, Lee Marvin, Vera Miles, John Carradine, Lee Van Cleef,…

Genre : Western

Synopsis : Un sénateur débarque incognito à Shinbone pour assister à l’enterrement d’un mystérieux inconnu : Tom Doniphon. Pressé par les journalistes locaux d’expliquer les raisons de sa venue, et d’éclaircir les lecteurs sur ce Doniphon, le sénateur Ranse Stoddard revient avec émotion sur les évènements qui firent sa carrière des années auparavant, lorsqu’il essaya de débarrasser Shinbone d’un dangereux gangster : Liberty Valance…

« La patte d’un maitre est rapidement reconnaissable, même aux yeux les moins informés. Avec Ford, quelques éléments suffisent : de vieux compagnons de route (John Wayne, Woody Strode), un noir et blanc lumineux, une flambée de personnages secondaires, un humour finement intégré à l’histoire. L’Homme qui tua Liberty Valance contient tout cela à la fois. C’est une œuvre d’un classicisme absolu, qui détonne par rapport à l’époque : les années 1960. Est-ce à dire que John Ford était en retard avec son temps ? La complexité de la symbolique qu’il développe dans ce dernier chef-d’œuvre tend bien entendu à prouver le contraire… » (Critikat)

« Placé sous le double signe d’un passé révolu (tua / shot) et d’un long flash-back, le film de John Ford est un portrait crépusculaire des Etats-Unis. Ce n’est pas un hasard si une bonne moitié du film se déroule de nuit : l’Ouest, tel que le cinéma de Ford nous l’a maintes fois représenté, vit ses derniers instants ; les shérifs peu à peu remplacés par des hommes de loi, les colts par des livres de droit, la diligence par le chemin de fer. C’est à la naissance d’un pays et de son Histoire que nous convie ici le cinéaste, mais aussi et surtout à la mort d’une certaine idée de l’Ouest, du western, et de son cinéma… » (DVD Classic).

Le héros incarné par James Stewart est avant tout une caricature d’un héros, un anti-héros. Ce film marque le début de la période appelée « du western crépusculaire ».

« Les héros ne sont pas forcément ceux que l’on croit. L’immense John Wayne – autrefois héros si fringant chez Ford – finit las et désabusé, oublié de tout un pays, abandonné par la femme qu’il aime, ignoré par la grande Histoire. Pendant que James Stewart dans une séquence finale splendide et tout aussi tragique, prend conscience, accablé, de l’énormité de la supercherie : une vie et un amour construits sur un mensonge, une carrière légendaire due une ironie de l’existence. » (DVD Classic)

L’Homme qui tua Liberty Valance est le dernier film que réalisa John Ford en noir et blanc. Le film marque enfin la dernière collaboration de John Qualen avec John Wayne en tant que personnage scandinave caricatural.

Certaines des premières scènes du film, notamment celle du restaurant où James Stewart, dans son tablier de serveur, est protégé des brutes par John Wayne, ont été stylisées par John Ford de façon à rendre un hommage moqueur aux films de son ami et collègue Howard Hawks.

Durant le film, Liberty Valance s’adresse à plusieurs personnages en les nommant « dude ». Or, de la seconde moitié du XIXème siècle aux années 60, il s’agissait d’un terme péjoratif qui désignait un citadin bien habillé, sorte de dandy perdu en milieu rural. En français, certaines expressions équivalentes traduites furent popularisées par la bande dessinée Lucky Luke, telles que corne-verte ou pied-tendre. Le mot « dude » changea quant à lui de sens suite à la beach génération de surfeurs californiens, il devint synonyme d’ami ou de compagnon.

Lorsque Ransom Stoddard est secouru par les colons suédois, Nora lui fait boire un « Swedish aquavit », mais en fait, elle lui offre un « Rød Aalborg » (un Aalborg rouge) qui est un aquavit danois. Autre élément faussé, mais volontaire celui-ci, les fréquentes références à la rivière Picketwire, notamment lorsque Doniphon dit de Valance qu’il est l’homme le plus rapide au pistolet au sud du Picketwire, après lui. Il s’agit en réalité d’une déformation argotique de la rivière Purgatoire, qui coule dans le sud du Colorado américain.

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Le court :

Ce n’est pas un film de cow-boys

de Benjamin Parent

France, 2012, Fiction, Couleur, Français. – 12’00 -

Synopsis : Le Secret de Brokeback Mountain est passé hier soir à la télé. Vincent l’a regardé et ça l’a bouleversé. Il profite de la récréation et de l’intimité des toilettes du collège pour raconter de manière touchante et naïve le film à Moussa. De l’autre côté du mur, dans les toilettes des filles, Jessica, elle aussi très affectée, en profite pour poser pas mal de questions sur les deux papas homosexuels de Nadia, le tout avec beaucoup de maladresse.

L’avis du programmateur : Pas facile à 13-14 ans d’assumer ses émotions, qui plus est lorsqu’on est un dur à cuire en quête de virilité et que l’histoire d’amour du Secret de Brokeback Mountain vous a inopinément bouleversé. Filmé en scope, reprenant avec habilité les codes du western, Ce n’est pas un film de cow-boys dépeint la violence du collège où chacun préfère se dissimuler derrière une norme plutôt que de se risquer à un éventuel « dérapage ». Mais il arrive que certains films donnent à réfléchir et ébranlent les certitudes. En plantant son décor dans les toilettes d’un collège, Benjamin Parent organise le récit et la lecture par des adolescents du film d’Ang Lee qui mettait à mal la figure symbolique du cow-boy américain sans peur et sans reproche. Et c’est avec brio qu’il signe une comédie douce-amère et se joue de clichés qui ont la vie dure.

Carrière du film :
Prix d’Interprétation Masculine (Adami) (Oldfield, Interprétation) Festival national et international du court métrage (Clermont-Ferrand / France – 2013)
Semaine internationale de la critique (Cannes / France – 2012)
Prix d’aide à la création cinéma Festival du court métrage en plein air (Grenoble / France – 2012)
Prix du jury jeunes,Prix Beaumarchais SACD Courts devant (Paris / France – 2012)
Mention du jury collégiens Cinéssonne Festival du cinema européen en Essonne (Ris-Orangis / Orsay / Chilly-Mazarin / Viry-Chatillon / Brétigny / France – 2012)
prix du public Face à face – Festival du Film Gay et Lesbien de Saint-Etienne (Saint-Etienne / France – 2012)
Festival international du film gay et lesbien « Vues d’en face » (Grenoble / France – 2011)
Les lutins du court métrage (Paris / France)

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