Dimanche 5 mai – Fraise et chocolat – Le mur

FRAISE ET CHOCOLAT

de  Tomas Gutierrez Alea et Juan Carlos Tabio

            Ce film a obtenu le Grand Prix du Jury (Ours d’Argent) à la Berlinade 1994            ainsi que de nombreux autres prix à Cuba et dans le Monde entier et une nomination aux Oscars.

Date de sortie : 1993 / 1994

Date de reprise : 8 août 2018 (Version restaurée)

Durée : 1h 51min

Réalisé par :  Tomas Gutierrez Alea et Juan Carlos Tabio

Avec : Jorge Perugorria, Vladimir Cruz, Mirta Ibarra

Genre : Comédie dramatique

Nationalités : américain, espagnole, mexicaine, cubaine

La Havane, 1979. David, un jeune étudiant cubain, ne doute pas de la validité des idéaux castristes. L’amour lui semble plus contestable. Vivian, la femme qu’il courtisait, ne vient-elle pas d’épouser un autre homme ? Désappointé, David erre dans la ville et finit par rencontrer Diego. Il préfère la glace au chocolat, Diego choisit la fraise. Mais qu’importent les différences, pourvu qu’on ait le souci de se comprendre ! Diego emmène David chez lui et l’introduit dans son univers d’artiste homosexuel. D’abord choqué, David retourne pourtant chez Diego, avec l’intention d’espionner ce dangereux délinquant contre-révolutionnaire…

A sa sortie, le film eut un grand retentissement dans le monde du cinéma où il incarnait la vitrine d’un cinéma cubain trop longtemps tenu éloigné des circuits de diffusion traditionnels. Tomas Gutierrez Alea, gravement malade (il n’a plus rien à perdre), était alors le cinéaste officiel du régime et il intervenait alors qu’une crise politique traversait Cuba au début des années 1990, depuis la chute du bloc communiste. En 1993, l’Organisation Mondiale de la Santé venait de retirer l’homosexualité de la liste des maladies mentales. Le pays avait l’absolue nécessité de faire rentrer des devises et, pour ce faire, il décida de s’ouvrir au tourisme. Il devait donc, entre autres, afficher de la tolérance vis-à-vis de l’homosexualité. Les partisans de la Révolution virent dans le film une manifestation de la tolérance du régime.

Abordant une série de sujets jusqu’alors tabous pour le public de l’époque, au point qu’on a estimé qu’il y avait un avant et un après Fraise et chocolat, le film entrecroise les questions de sexualité, y compris le machisme et la place de la femme, avec les doutes qui pouvaient surgir dans l’esprit des déçus de la révolution castriste. Il défie en quelque sorte la censure et il doit son existence à la personnalité de son réalisateur. Celui-ci porte un regard plein de nostalgie sur La Havane face au gachis de toutes ces beautés. Il porte ainsi un regard bienveillant sur toutes les forces qui inervent le pays. Il montre qu’une amitié est possible entre un marginal homo et un jeune communiste hétéro, que chacun peut faire ce qu’il veut et ainsi que Cuba est plus libre qu’il n’y parait.

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Le court

Le mur

de Samuel Lampaert

Film muet, comédie, fiction, Belgique, 2015, 10′

Hong-Kong. Une multitude de hautes tours d’immeubles en béton, sans personnalité. À l’intérieur, des studios étroits dans lesquels vivent des anonymes repliés sur eux-même, jusqu’au jour où Chung, célibataire, décide d’accrocher un cadre au mur.

Le mur figurait, dans la catégorie court métrage, parmi les finalistes des trophées du cinéma européen en 2015, mais puise son inspiration loin du vieux continent, entraînant le spectateur en Extrême-Orient, au cœur de la géographie urbaine des mégapoles asiatiques. La caméra cadre en l’occurrence dès le premier plan les hautes tours, serrées au maximum, de Hong-Kong. L’ultime concentration d’habitants dans les gratte-ciels est immédiatement synonyme de solitude, chacun menant une vie des plus ternes dans la totale indifférence de ses voisins.

C’est une thématique fertile pour le court métrage qui est ainsi abordée, depuis le fameux film de ce titre signé Norman McLaren jusqu’au délirant Flatlife animé de Jonas Geirnaert en 2004. Le scénario conduit évidemment ici à la rencontre de deux de ces individus lambda vivant de chaque côté d’une cloison en s’ignorant jusqu’alors et le cinéaste belge joue de l’imagerie du cinéma chinois, notamment autour d’un repas partagé, pour trousser sa fable d’une possible interaction, d’une microscopique avancée d’humanité, sur un mode de comédie conduisant à une chute attendue : que pourrait bien devenir l’équilibre d’une bonne entente à deux en passant à trois protagonistes ?

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Dimanche 26 mai – Les camarades -

LES CAMARADES

de Mario Monicelli

Il faut tout d’abord dire que c’est un très beau film. Les personnages et la situation sociale de l’époque sont magnifiquement filmés” (Gilles Perret)

Date de sortie 1er janvier 1963

Date de reprise 31 octobre 2018

Durée : 2h 10min (Version restaurée)

Réalisé par : Mario Monicelli

Avec : Marcello Mastroianni, Renato Salvatori, Bernard Blier

Genre : Comédie dramatique

Nationalités : italienne, française

En 1905, dans une fabrique textile de Turin, les ouvriers, soumis à un rythme de travail infernal, voient se multiplier les accidents. Trois d’entre eux entrent en conflit avec le contremaître à la suite d’un nouveau drame. Il est alors décidé, en guise de protestation, que tous partiront une heure plus tôt ce soir-là. Mais cette action n’est pas du goût des patrons, qui profitent de l’inexpérience de ces hommes simples pour les berner. Les sanctions tombent. L’instituteur Sinigaglia, un militant socialiste, fraîchement débarqué de Gênes, pousse les ouvriers à s’organiser…

« Ce film ambitieux, autant sur le plan historique que politique, abordant les luttes ouvrières sous l’angle de l’échec, ne connut pas le succès en son temps, sans doute à cause d’une formulation ambiguë. S’il semble emprunter le schéma habituel de la comédie (celui, par exemple, de La Grande Guerre, du même Monicelli, en 1959), la dérision cède vite le pas devant le réalisme et la noirceur tragique des situations dépeintes. » (Matthieu Macheret, Le Monde)

« Dans la riche carrière de Monicelli, pour l’essentiel consacrée à la comédie, Les camarades brille d’un éclat particulier, par son engagement politique, le film décrivant une longue grève dans une usine à la fin de dix-neuvième siècle. Tiré d’un fait authentique, il ne se borne pourtant ni au misérabilisme ni au pamphlet. Certes, le portrait des patrons est chargé : manipulateurs, insensibles, sournois, avides, ils font patienter les ouvriers une heure avant de les recevoir et les méprisent avec un paternalisme écœurant. » (Avoir Alire)

« L’approche de Monicelli est plus humaniste que politique pour dépeindre les événements. Le film s’ouvre ainsi sur le réveil laborieux d’Omero (Franco Ciolli), un adolescent travaillant déjà à l’usine pour nourrir sa famille. L’espace misérable du foyer permet de deviner ceux des autres ouvriers, soumis à des conditions de travail précaires (…) Tout le film oppose et questionne la notion de l’individu et du collectif. Le collectif ne fonctionne dans un premier temps que pour l’entraide (les collectes quotidiennes pour les ouvriers accidentés) et courber l’échine. L’habitude de la soumission et l’avenir incertain anéantissent les timides tentatives de rébellion. Monicelli fragmente l’unité fragile par sa mise en scène, avec un montage séparant les ouvriers lorsqu’ils s’allient pour terminer une heure plus tôt. » (DVD Classik)

« Cet ouvrage est à la fois un document, une chronique et une épopée dans la tradition des grands films révolutionnaires. Les faits, ce sont la misère, l’insécurité, le chômage, le froid (on est en hiver), et ce que ceux-ci entraînent : la colère, la lutte – notamment pour obtenir une journée de treize heures (au lieu de quatorze heures), la brève espérance, le désespoir, l’échec. Ce sont également les conflits internes divisant provisoirement les travailleurs, puis leur solidarité face à l’injustice, aux sanctions de tous ordres, et cet immense élan de fraternité qui les unit le matin où l’un d’eux, le plus jeune, tombe assassiné.[...] Des hommes souffrent, travaillent, se révoltent et meurent sous nos yeux », écrivait Yvonne Baby dans « Le Monde », en janvier 1966.

Mais « il y a aussi des moments pleins d’espoir lorsque les ouvriers se mettent ensemble et prennent en main leur destinJe constate qu’aujourd’hui, avec les nouvelles générations, il est plus facile de poser la question du partage des richesses et de remettre en cause l’idée qu’il n’y aurait pas d’alternative à cette économie libérale, qui va finir par tout détruire, la nature et les organisations humaines, par pure cupidité. C’est une note d’espoir car le questionnement est le début de la résistance » souligne Gilles Perret.

Quelle que soit l’époque, tout conflit social est alimenté par les mêmes espoirs, les mêmes déceptions, les fatigues, mais surtout par la fraternité dans l’épreuve. Cela ne va pas, cependant, sans une certaine méfiance entre travailleurs et intellectuels militants. Face aux travailleurs leaders, suiveurs ou opportunistes, on retrouve les patrons, sûrs de leur pouvoir, arrogants, cyniques, les « premiers de cordée » chers à Emmanuel Macron si l’on veut faire un parallèle avec la situation actuelle.

« Monicelli n’est pas un lyrique ; son film ne ressemble pas non plus à un tract habité par des personnages abstraits. Au contraire, il mêle les tons, passant sans transition du cocasse au dramatique (voir la bagarre burlesque qui se conclut par l’écrasement de Pautasso). De même son souci extrême du détail (le couteau qui ne s’ouvre pas, la chaussette trouée qui laisse passer l’œuf) donne-t-il l’impression que la vie ne cesse de s’infiltrer dans le récit. Et s’il se permet des travellings élégants (l’ascension d’Adèle, la marée de mains levées), c’est la plupart du temps une mise en scène discrète mais attentive qui fait des Camarades une œuvre constamment touchante et captivante, parsemée de belles idées, de beaux gestes (Omero qui mouche son frère). Bref, une réussite à voir et à revoir inlassablement. » (Avoir Alire)

 

 

 

 

 

 

 

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Le court

 

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Dimanche 20 janvier – Les fraises sauvages – Vous voulez une histoire ?

LES FRAISES SAUVAGES

Ingmar Bergman

Suite aux problèmes rencontrés autour de cette soirée, le film « Les Fraises Sauvages » sera proposé à nouveau le dimanche 16 juin

Date de sortie : 26 décembre 1957

Durée : 1h 31min

Date de reprise : 26 septembre 2018 – Version restaurée

Réalisé par : Ingmar Bergman

Avec : Victor Sjöstrom, Bibi Andersson, Ingrid Thulin

Genre : Drame

Nationalité : suédoise

La veille de la cérémonie qui doit honorer et célébrer sa longue carrière de médecin, le professeur Isak Borg fait un rêve étrange où il est confronté à sa propre mort. Le lendemain, il décide de partir en voiture à l’université de Lund en compagnie de Marianne, sa belle-fille. Durant le trajet, le vieux professeur fait le bilan d’une vie gâchée par l’égoïsme. Il revoit sa jeunesse avec « le coin des fraises sauvages » où l’entraînait sa cousine. Puis il évoque ses souvenirs de sa vie de médecin de campagne.

« Quelques mois après sa fameuse réflexion sur la mort, Le Septième Sceau, Bergman en propose une nouvelle avec ces Fraises sauvages. Il y fait le portrait d’un vieux professeur assailli par de sombres rêves, bousculé par des visions de corbillard, et par sa bru, qui lui reproche d’être un égoïste froid. Isak a pourtant l’air d’un brave retraité, et le cinéaste Victor Sjöström, qui l’interprète, a toute l’affection de Bergman. Pendant le voyage en voiture qui le conduit à une cérémonie donnée pour lui, le professeur s’échappe en pensée vers le paradis de sa jeunesse, une maison de famille dans les bois, où une jeune fille qu’il aime cueille des fraises sauvages. Mais, là aussi, une image de lui moins idyllique le rattrape.

Dans ce bilan d’une existence, Bergman se montre d’une honnêteté impressionnante. Pour dire l’hypocrisie qui mine une histoire familiale, la dureté du temps qui passe et qui finit par confondre la valeur de la vie et celle de l’héritage, le cinéaste se passe d’euphémismes. Il n’a alors que 39 ans et semble avoir déjà tiré les leçons de toutes les désillusions. Mais sa clairvoyance n’est jamais amertume. Son film est un road-movie avant l’heure, où il sait entretenir le doute. Le professeur était fermé à la vie, et voilà qu’elle le réveille pour lui offrir une chance d’être un homme d’émotions. Magnifique. » (Télérama, Frédéric Strauss)

Ingmar Bergman a écrit le scénario des Fraises sauvages sur un lit d’hôpital, ce qu’il renouvellera pour Persona. L’acteur principal, Victor Sjöstrom, un pionnier du cinéma suédois, était alors en très mauvaise santé (il décèdera deux ans plus tard) et certaines scènes, notamment celles dans la voiture, ont été réalisées en studio. Le réalisateur dira : « Nous avons tourné les gros plans d’Isaac Borg (joué par Victor Sjöstrom) lorsqu’il trouve la lumière et la paix intérieure. Son visage brillait d’un éclat mystérieux, reflet d’une autre réalité. Ses traits étaient brusquement devenus doux, presque effacés. Il avait l’air ouvert, souriant, tendre. C’était un miracle. Le calme total… la paix et la lumière de l’âme. Jamais avant ni depuis je n’ai rencontré de visage si noble et si libéré ».

Les fraises semblent être en quelque sorte la « madelaine de Proust » de Bergman. En effet, elles sont omniprésentes dans plusieurs films dont Jeux d’été ou Le septième sceau. Woody Allen, fan incontestable de Bergman, déclare « L’horloge sans aiguilles, les chevaux qui tirent le char funèbre et qui soudain se figent, le soleil aveuglant et le visage du vieil homme tandis que son squelette le place dans le cercueil. Qui peut oublier de telles images ? ».  Il en reprendra d’ailleurs certains thèmes : la mort, la solitude, la complexité du couple…

« Quelle aura été l’ambition d’Ingmar Bergman ? Être un artiste ? Sans doute. Mais pas comme un peintre, pas comme un musicien peuvent se penser artistes. Bergman est plutôt l’équivalent, au vingtième siècle […] qui est celui du cinéma, de ce qu’ont été au dix-neuvième les auteurs de romans et les auteurs dramatiques. Un pourvoyeur d’imaginaire, si l’on veut ; mais j’aime mieux considérer, pour parler de lui, que le roman, la littérature et le drame sont des pourvoyeurs de réalité, et profonde. » (Jacques Aumont, Cahiers du Cinéma Auteurs).

Bergman confiait à Olivier Assayas et Stig Björkman pour les Cahiers du Cinéma : « Je pense qu’en enfer je vais devoir m’asseoir dans une salle de projection et voir mes propres films pendant deux ou trois éternités. Je pense que ça sera ma punition. »

Ce film, avec Les raisins de la colère, a donné ses lettres de noblesse au genre du road-movie.

Les Fraises sauvages obtient l’Ours d’or au Festival de Berlin en 1958.

https://www.cnc.fr/cinema/dossiers/ingmar-bergman-le-centieme-anniversaire-dun-maitre-du-cinema_872455

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Le court

Vous voulez une histoire ?

“Vous voulez une histoire ? Mettez deux femmes dans une pièce et imaginez que l’une d’elle est rousse.”

Après le beau succès d’estime de La fille du 14 juillet, son premier long métrage, Antonin Peretjatko est revenu au format court avec une totale liberté – celle qui l’a toujours mené – et en tournant en Super 16 des images aux quatre coins du monde.

D’emblée, le film est placé sous le signe du voyage et des femmes. Partir à l’aventure, voilà qui est suffisant pour raconter une histoire, nous dit le cinéaste au bout de son drôle d’objet filmique, traversé de belles et indolentes créatures. Un train roulant jusqu’au bout du monde, en l’occurrence Vladivostok : qui n’en a jamais rêvé ? Qui plus est en charmante compagnie…

Dans un monde globalisé, chacun peut tout de même tracer sa propre voix et le réalisateur-voyageur ne s’en prive pas. Son périple est également intérieur, comme en témoigne le début du film et son carton “The End”, Peretjatko n’en étant jamais à une facétie près. Comme toute une tradition de cinéastes qu’il cite sans la moindre lourdeur depuis ses débuts et le très référencé Changement de trottoir. Avec ce film, toutefois, un certain spleen semble avoir imprégné l’esprit farceur de son cinéma.

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Mise au point

Lors de notre séance du dimanche 17 juin où vous avez pu voir le film « L’homme du train » que vous aviez choisi, certains d’entre vous ont été troublés et nous ont posé quelques questions auxquelles nous nous sommes efforcés de répondre.

Pour clarifier les choses pour ceux avec qui nous n’avons pas eu l’occasion d’échanger, nous nous proposons de vous apporter quelques éclaircissements. C’est un peu long, mais cela peut vous aider à comprendre les difficultés que nous rencontrons pour vous proposer les films qui nous intéressent.

La distribution des films est en pleine restructuration.

Un film, depuis quelques années, ne trouve plus sa rentabilité en salles mais à la télévision, en DVD et surtout maintenant en streaming. Il est évident que ces derniers médias touchent beaucoup plus de personnes que les petits cinémas « de quartier » tels que celui de Revel. Et, ce qui ne va pas, à notre avis, dans le bon sens, la qualité technique n’a pas besoin d’être aussi poussée que pour un grand écran. Ce qui fait que les distributeurs ne trouvent plus d’intérêt à procéder à des numérisations coûteuses pour un gain fort modeste.

Il n’y a pas très longtemps, quand un cinéma voulait passer un film, il demandait au distributeur (le détenteur des droits et des copies) de lui fournir une copie en 35mm. L’exploitant devait alors supporter les frais de transport des bobines et les réacheminer après la séance, soit à l’établissement de stockage du distributeur, soit à la salle qui le programmait en suivant.

Depuis le passage au numérique, les grandes salles de programmation ont fait le choix d’abandonner le support en 35mm et de tout miser sur le numérique. Le Ciné Get, même s’il a fait le choix de conserver son projecteur 35mm, se trouve quasiment devant l’impossibilité de l’utiliser car les distributeurs ont complètement délaissé l’entretien de ces bobines. D’autant plus que les mouvements engendrés par les demandes des cinémas encore équipés auraient demandé des espaces de stockage et du personnel d’entretien et de manutention. On nous répond très souvent quand nous insistons pour obtenir des copies dans ce format qu’il n’existe que des copies de « qualité 5″, le plus mauvais état.

En ce qui concerne le numérique, la copie, d’abord fournie sous la forme matérielle d’un disque dur (DCP) qui voyageait de salle en salle, parvient maintenant à la salle par téléchargement internet. Une « clé » (KDM) générée à la demande de l’exploitant par le distributeur permet de projeter le film le(s) jour(s) choisi(s). C’est également la procédure suivie pour les courts-métrages. Il faut préciser qu’une projection commerciale est automatiquement soumise au paiement de droits au distributeur puisqu’il est impossible de générer des billets d’entrée si la séance n’est pas déclarée. J’en profite pour rappeler que les Z’allucinés ne perçoivent rien sur la recette des entrées. C’est donc Véociné qui rétribue le distributeur et qui paie les taxes et redevances pour la SACEM (Eh oui, il y a aussi des droits d’auteur).

A l’heure actuelle, exceptés quelques films du patrimoine qui bénéficient de numérisations de qualité par des entités que nous pourrions qualifier de sponsors, certains films, mais pas tous, sont numérisés pour obtenir une qualité acceptable pour un petit écran, soit sous forme de DVD (Blu-ray, mais pas toujours) ou pour un visionnage en streaming. Il faut souligner qu’ainsi, on incite les amateurs de cinéma à rester entre soi alors qu’au cinéma, devant un grand écran, parmi d’autres amateurs de bons films, on ressent d’autres sensations !

Certains distributeurs tendent à ne plus fournir de copie numérique et nous demandent d’acheter un DVD, étant eux-mêmes dans l’impossibilité de nous le fournir. Nous sommes alors contraints de le trouver dans le commerce. Ce fut le cas notamment pour le film « Cléopâtre » pour lequel nous avons acheté le Blu-ray en novembre 2015. Bien entendu, cela n’empêche pas les distributeurs de nous réclamer des droits à la même hauteur que du temps du 35mm, voire plus. Ils peuvent exiger une recette minimum (MG) pour laquelle les Z’allucinés doivent parfois compléter les entrées de la soirée.

Un ciné-club qui, par définition, cherche à proposer des films anciens, parfois peu connus et /ou peu diffusés se retrouve devant l’impossibilité de présenter des projections de qualité. Pour beaucoup de films, il n’existe même plus de distributeur (c’est le cas par exemple de « La cage aux folles » qui avait remporté un large succès à sa sortie), ce qui les condamne à ne plus être projetés. Dans le cas de « L’homme du train« , il existe un Blu-ray. Comme l’un d’entre nous avait un DVD du film, nous avons décidé de l’utiliser. Hélas, le soir de la projection, nous n’avons pu que constater que le son était altéré et que l’image était, pour certaines ambiances, de mauvaise qualité. Nous en sommes désolés.

Mais, est-ce une raison pour laisser tomber des films qui, malgré tout, présentent un intérêt certain ?

Nous disons « NON ! » Et nous ne laisserons pas à la seule Cinémathèque la possibilité de rediffuser ces perles.

Nous avons récemment cherché un film dans lequel avait joué Jacques Higelin. Force est de constater que très peu de ceux auxquels il a participé ont été numérisés ou personne ne dispose plus de droits. Le choix est très réduit. Aussi, nous en profitons pour faire un clin d’œil aux idées véhiculées par les évènements de 1968 en décidant de projeter un film controversé qui pourra initier des échanges nourris après la projection, mais en qualité DVD édité par MK2 puisqu’il n’existe pas de meilleure copie (Blu-ray) sur le marché. Ce sera « L’an 01 » réalisé par Jacques Doillon en 1975 avec le concours de Alain Resnais et de Jean Rouch sur un scénario de Gébé. Vous y retrouverez une distribution impressionnante outre Jacques Higelin avec  Cabu, Cavanna, Wolinski, Depardieu, Auteuil, Coluche, Miou-Miou, Jugnot… et bien d’autres.

Nous espérons avoir pu éclairer vos interrogations dans un univers qui est parfois assez complexe à appréhender, même pour nous.

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Grand froid sur le cinéma français

Paru sur le blog d’Ecran noir (21/06/2017) :

« C’est une longue traversée du désert que vit le cinéma français. Cela fait quatre mois que la pôle position du box office est occupée par le cinéma hollywoodien. Seuls deux films sont dans le Top 10 annuel (5 pour le Top 20). On ne compte plus les fiascos. Le dernier film français millionnaire est A bras ouvert, sorti début avril. Les comédies, genre favori des spectateurs et genre préféré des producteurs, ont subit de sérieux revers. Seulement six ont passé le cap du million d’entrées en 6 mois. Certaines ont signé de sacrées contre-performances. Hormis Raid Dingue et Alibi.com, aucune n’a vraiment fédéré au premier semestre. Ni Camille Cottin, ni Kev Adams, ni Alexandra Lamy, ni même Franck Dubosc n’ont sauvé des films que les critiques ne veulent même plus voir…

On peut aussi se désoler, dans le pays de la cinéphilie, qu’aucun autre film dramatique, d’auteur, d’action/aventures ou de « genre » n’ait pris le relais. Mais comment pourrait-il en être autrement? Qui parle de ces films à la télévision et hors des radios publiques? Le marketing hollywoodien a imposé sa toute puissance. Sans l’effet Cannes, comment Desplechin pourrait-il attirer plus de 400000 spectateurs quand, en face, les médias généralistes choisissent un Alien, des Pirates ou des Super-héros?

Le buzz sur les réseaux sociaux, le star-système est incomparablement plus puissant quand il est made in USA. Les distributeurs français ne manquent pas d’initiatives mais de moyens et de solidarité.

Consanguinité entre télé et ciné

L’INA vient de publier une étude (pour la période du 1er janvier 2010 au 31 décembre 2015) sur les talk-shows et divertissements TV et radios, ce genre où les invités sont convoités et les audiences ciblées. On constate que les invités venant du cinéma et de la musique sont les plus sollicités. En cinq ans, c’est Franck Dubosc qui a été le plus invité (95 fois!!!! dont 21 fois sur France 2), devançant François-Xavier Demaison et François Berléand, tous trois avec une carrière d’humoristes ou de théâtre. Champion toutes catégories, l’acteur-chanteur Patrick Bruel (99 fois). Et ajoutons parmi les chouchous Charles Berling, Daniel Auteuil, Isabelle Nanty, Pierre François Martin Laval, Denis Podalydès, Josiane Balasko, Gérard Jugnot et Jamel Debbouze. En clair beaucoup de plus de 40 ans, beaucoup d’hommes, beaucoup de multi-tâches, beaucoup de comédiens issus de la comédie. Et pourtant ça ne suffit pas à faire des entrées.

« On observe une importante densité au niveau des connexions entres les animateurs et leurs invités, ce qui illustre bien la tendance de la part des animateurs du corpus à inviter globalement les mêmes personnes dans leurs émissions. S’il est vrai que les animateurs ont des affinités avec certains invités, celles-ci sont la plupart du temps « non exclusives » ; autrement dit la plupart des personnes invitées régulièrement sur les plateaux des talk-shows et des divertissements ont été invitées à peu de reprises par un même animateur. En effet, de manière générale, les personnalités qui sont les plus souvent invitées ne sont pas liées à un seul présentateur, mais sont au contraire connectées à un grand nombre d’animateurs. »

Voilà. En d’autres termes la consanguinité entre animateurs et invités empêche, comme en génétique, une régénérescence de la famille. A force de voir toujours les mêmes têtes, il n’y a plus de désir, mais plutôt une lassitude. A trop produire des comédies fades et mal écrites, à trop vendre le cinéma avec les mêmes acteurs/actrices, à trop coloniser les émissions de divertissements et les talk-shows avec ces mêmes acteurs pour ces mêmes comédies, on ne produit qu’une seule chose: l’indifférence. »

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Répertoire vient du latin « reperire » : retrouver

Extrait du « Petit mot de nos cousins d’Utopia » dans le fanzine n°11 de l’American Cosmograph :

« On ne dira jamais assez à quel point il est goûteux, plaisant intéressant, agréable de se plonger dans des films dits de « répertoire », par contraste avec ceux qui viennent de sortir du four… Le bon pain vieillit bien, le bon vin s’améliore jusqu’à son « apogée », tandis qu’on oublie la piquette éphémère… Le cinéma aussi fait le tri entre les blockbusters et les chefs-d’œuvre. Il y a ceux vite consommés, vite oubliés et ceux qui passent les années, ceux qu’on retrouve avec un plaisir sans cesse renouvelé : ils marquent nos vies pour toujours, par leurs qualités exceptionnelles, par ce qu’ils racontent d’une époque, de vies…

On a trop pris l’habitude de picorer seul ces films-là, parfois sur son ordinateur ou une télé mal réglée qui les dévalorise, les plus jeunes ne connaissent même pas leur existence. Pourtant, rien n’est plus formidable que de déguster ces moments forts du cinéma au coude à coude dans le noir avec d’autres dans les conditions de leur première vie, sur un grand écran « a thing of beauty is a joy for ever… » disait le poète. Se plonger par eux dans un passé proche, conduit toujours à une méditation sur le présent, à une rencontre avec les valeurs éternelles de grands cinéastes dans des images qu’aucun effet spécial n’égalera jamais.

(…) Comment faire pour attirer votre attention sur ces films de « répertoire » dans des temps ou chaque nouvelle sortie chasse la précédente… comment faire pour qu’ils ne soient pas noyés dans le tintamarre des films récemment promus par les médias ? (…) »

C’est bien ce qui guide la démarche des Z’allucinés.

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