Dimanche 18 août – Le Fanfaron

LE FANFARON

(Il sorpasso)

de Dino Risi

Date de sortie : 1962

Date de reprise : 3 octobre 2018 – Version restaurée

Durée : 1h 45min

Réalisé par : Dino Risi

Avec : Vittorio Gassman, Jean-Louis Trintignant, Catherine Spaak

Genre : Comédie dramatique

Nationalité : Italienne

À Rome, le jour férié du Ferragosto (quinze août), la ville est déserte. Bruno Cortona, la quarantaine vigoureuse, amateur de conduite sportive et de jolies femmes, déambule en voiture, une Lancia Aurelia B24, à la recherche d’un paquet de cigarettes et d’un téléphone public. Roberto Mariani , un étudiant en droit resté en ville pour préparer des examens, l’accueille chez lui. Sous l’impulsion de l’exubérance et du sans-gêne de Cortona, ils entreprennent un voyage en voiture qui les emmènera vers des destinations toujours plus lointaines. Le jeune étudiant va découvrir l’écart entre la réalité et ce qu’il imaginait concernant l’amour et les rapports sociaux.

La démarche de Dino Risi annonce ici son film à sketches Les Monstres, satire au vitriol réalisée un an plus tard. Mené de main de maître, ce Fanfaron réussit donc à distiller un malaise certain, au-delà de son formidable potentiel comique.

Ce film constitue l’une des fresques les plus représentatives de l’Italie du bien-être et du miracle économique du début des années 1960. Il est considéré comme un chef-d’œuvre de Dino Risi, de la comédie à l’italienne, et plus généralement comme un film culte du cinéma italien.

« L’originalité du Fanfaron repose sans aucun doute sur la création d’un couple antithétique incarné par deux acteurs parfaitement taillés pour ces rôles. Si le scénario avait été originellement écrit pour Alberto Sordi, le couple formé par Trintignant et Gassman – le petit blond réservé et le grand brun extraverti – fait des étincelles. Vittorio Gassman livre ici une prestation éblouissante, en beau parleur infatigable, cynique et si attachant, qui à la fois fascine et énerve ce jeune étudiant à la tête sur les épaules, si touchant lui aussi, mais un peu coincé dans une éthique petite bourgeoise faite de retenue et de conformisme. Dino Risi, Ettore Scola et Ruggero Maccari ont concocté un scénario rythmé qui embarque le spectateur dans la dynamique de ce duo comique, de saynètes en saynètes, presque toujours terminées par une pointe comique débitée avec maestria par un Gassman cynique et fin rhéteur. » (Critikat)

Dans un ouvrage consacré à sa vie et à sa carrière, Vittorio Gassman écrit : « Chaque film a une formule chimique qui lui est propre. Le Fanfaron jaillit d’un excellent alambic, où tous les éléments s’étaient facilement fondus. L’amalgame de mon personnage (un jeune type agressif et peu scrupuleux) avec la mélancolie et la réserve de Jean-Louis Trintignant fit merveille ; le symbole de la vrombissante voiture de sport qui lançait notre tandem sur les routes d’une Italie au comble du miracle économique, de la folie immobilière et des chansons, du boom et de la vulgarité, fut également efficace. » Plus haut, Vittorio Gassman note également que « Dino Risi lui ôta le masque expressionniste que Mario Monicelli avait inventé pour l’imposer comme acteur comique ; il fut le premier », dit-il, « à oser me donner le rôle d’un homme quelconque où j’affichais mon vrai visage. » (in : V. Gassman : Un grande avvenire dietro le spalle, Longanesi et C., 1981).

« La force de la comédie à l’italienne réside bien souvent dans la capacité de ses réalisateurs à dessiner des personnages complexes, éloignés de la caricature ou du manichéisme parfois nécessaires au comique. Dans Le Fanfaron, Dino Risi parvient à tirer un parti comique de l’opposition entre ses deux protagonistes, tout en évitant néanmoins de verser dans le schématisme. Vittorio Gassman incarne un personnage individualiste et amoral, qui refuse de prendre une auto-stoppeuse noire (« Va donc, cachet d’aspirine »), s’amuse à faire courir les petits vieux, et arrête sa voiture le temps de se moquer d’une fête de village (« du twist à la péquenot ! »), mais il n’est au fond qu’un gamin malheureux, qui se fuit lui-même sur les routes et ne se sent exister que dans le regard des autres : son corps toujours en mouvement – il danse, fait le poirier, joue au ping-pong, fait du ski nautique – envahit le champ, et sa voix sature la bande sonore de sifflements, chansons, discours à n’en plus finir, comme pour ne pas disparaître. Roberto et Bruno s’opposent mais se répondent aussi comme dans un miroir, fonctionnant l’un pour l’autre – et pour le spectateur – à la fois comme repoussoir et force d’attraction. » (Critikat)

La voiture est une Lancia Aurélia B24 spider Pininfarina 1955, première automobile de série au monde fabriquée avec un moteur V6. Jean-Louis Trintignant explique qu’il fut choisi pour le rôle de Roberto Mariani parce qu’il ressemblait à la doublure utilisée pour faire les scènes ou les deux compères sont en voiture. Ces scènes avaient été tournées au début et Jacques Perrin était censé initialement tenir le rôle, mais cela lui fut impossible.

Prix du meilleur réalisateur au Festival international du film de Mar del Plata.  Ruban d’argent du meilleur acteur principal pour Vittorio Gassman.

Si vous avez manqué le début : « A l’heure du smartphone dans toutes les poches, la situation paraît aujourd’hui inconcevable : ici, tout commence par un coup de téléphone impossible à passer. Nous sommes en plein été, au début des années 1960 à Rome et aucun café n’est ouvert. Dans les rues désertes ornées de rideaux métalliques, une Lancia Aurelia file à toute allure. A son bord, un homme au visage carré et à l’allure d’athlète, scrute les alentours dans l’espoir de dénicher une précieuse cabine téléphonique. En vain. C’est le 15 août. La ville est vide et ressemble à une zone fantôme paralysée par la moiteur d’une après-midi trop chaude. Alors, quand le regard de l’automobiliste croise celui de Roberto à la fenêtre de son appartement, la solution est toute trouvée. L’étudiant en droit, resté travailler chez-lui en ce jour de repos catholique, accepte de prêter son téléphone et son hospitalité à l’homme pressé. Dès lors que ce dernier aura franchi la porte de l’appartement, nous savons que ces deux-là ne se quitteront plus et qu’il sera impossible pour le sage garçon d’échapper au mâle alpha. Les opportunités seront pourtant nombreuses mais les tentatives toujours avortées. » (Marilou Duponchel, Les Inrockuptibles)

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Le court-métrage

Cocu

de Pierre Amstutz Roch

Durée 02’35 • Catégorie Fiction • Genre Humour • Pays France • Année 2018 •

N’insistez pas, on ne vous dévoilera pas la fin de ce mémorable film à chute !

Persuadé qu’elle le trompe, un mari suit sa femme pour découvrir le fin mot de l’histoire.

L’adultère et les présomptions qu’il suscite constituent un ressort comique privilégié depuis la nuit des temps, le théâtre de boulevard des Labiche, Feydeau, Courteline et consorts s’en est délecté au fil de portes qui claquent et d’amants en caleçon… Participant – alors sous le titre Je suis cocu – au Nikon Film Festival 2018 sur ce format très réduit de deux minutes et une poignée de secondes, le jeune réalisateur franco-suisse Pierre Amstutz
Roch revisite le sous-genre en lorgnant tout à la fois vers le revenge movie et le film à chute. Un quidam persuadé d’être trompé par sa tendre moitié fait le plancton dans sa voiture devant un pavillon de banlieue, bien décidé à agir, flanqué d’un acolyte légèrement « boulet », surtout quand une surprise de taille se tient derrière la porte où il se résout à sonner… La drôlerie de la situation se décuple tant qu’il est évidemment impossible de « spoiler », pour qui ne l’aurait pas vu, ce « très court » diffusé au sein du festival international du même nom, mais aussi à Bruxelles, Levallois et Meudon en 2018.

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Dimanche 15 septembre – La Vénus à la fourrure -

Dans le cadre du Festival

Théâtre en Lauragais

LA VENUS A LA FOURRURE

de Roman Polanski

Date de sortie : 13 novembre 2013

Durée : 1h 33min

Réalisé par : Roman Polanski

Avec : Emmanuelle Seigner et Mathieu Amalric

Genre : Comédie dramatique

Nationalité : française

Seul dans un théâtre parisien après une journée passée à auditionner des comédiennes pour la pièce qu’il s’apprête à mettre en scène, Thomas se lamente au téléphone sur la piètre performance des candidates. Pas une n’a l’envergure requise pour tenir le rôle principal et il se prépare à partir lorsque Vanda surgit, véritable tourbillon d’énergie aussi débridée que délurée. Vanda incarne tout ce que Thomas déteste. Elle est vulgaire, écervelée, et ne reculerait devant rien pour obtenir le rôle. Mais un peu contraint et forcé, Thomas la laisse tenter sa chance et c’est avec stupéfaction qu’il voit Vanda se métamorphoser. Non seulement elle s’est procuré des accessoires et des costumes, mais elle comprend parfaitement le personnage (dont elle porte par ailleurs le prénom) et connaît toutes les répliques par cœur. Alors que l’« audition » se prolonge et redouble d’intensité, l’attraction de Thomas se mue en obsession…

« Une actrice arrive en retard à une audition théâtrale et parvient à retenir le metteur en scène épuisé et sur le point de rentrer chez lui. Le théâtre est désert et Polanski accentue l’étrangeté de ce lieu retranché du monde avec les restes du décor d’une adaptation de La Chevauchée fantastique, idée aussi absurde qu’hilarante. La candidate comédienne semble être une erreur de casting (pour la pièce dans le film, pas pour le film) : parlant cash, limite vulgaire, allure un peu pétasse, elle ne paraît pas du tout taillée pour une pièce sophistiquée sur les rapports homme-femme et les zones d’ombre du désir. Bien sûr, les apparences sont trompeuses, et sous la cagoule se dévoile petit à petit une femme beaucoup plus cultivée qu’elle en a l’air, une actrice matoise qui prend volontiers le volant de ses échanges avec le metteur en scène. Le jeu de rapports de domination de la pièce dans la pièce se transvase à la séance d’audition, et Polanski filme cette machinerie homme-femme/metteur en scène-actrice avec un art consommé du timing et de la progression dramaturgique, bien épaulé par Emmanuelle Seigner et Mathieu Amalric en pleine forme ». (Serge Kaganski, Les Inrockuptibles)

Roman Polanski s’est directement inspiré d’une pièce de théâtre américaine (Venus in Fur) écrite par David Ives et jouée en 2010 à la Classic Stage Company avant d’être propulsée en 2011 sur la scène de Broadway. A l’origine, La Venus en fourrure est un roman écrit en 1870 par l’auteur autrichien Leopold von Sacher-Masoch. Il est le premier ouvrage de la série Love et l’un des fondements de ce qui sera appelé plus tard le masochisme.

C’est la quatrième collaboration entre les époux Emanuelle Seignier / Roman Polanski. « Il y a longtemps que nous cherchions à refaire un film ensemble et nous avions un peu de mal à trouver un sujet. En plus, il voulait absolument faire une comédie avec moi, et, une comédie avec un beau personnage féminin, une comédie qui garde la grâce, c’est encore plus difficile à trouver », explique l’actrice.

Après Carnage, Roman Polanski adapte pour la deuxième fois consécutive une pièce de théâtre : « Je ne me suis pas posé ce genre de questions, c’est le sujet qui m’a porté… Une autre chose aussi : il n’y a que deux personnages. Depuis mon premier film (Le Couteau dans l’eau – 1962) où il y en avait trois, je me disais : « Un jour, je ferai un film où il n’y aura que deux acteurs ! » C’est un vrai défi mais j’ai besoin d’un challenge qui me stimule, d’une difficulté à surmonter… Sinon, je m’ennuie », confie le cinéaste.

« C’est de grand cinéma qu’il s’agit. Un peu comme Le Limier, de Joseph Mankiewicz, était un extraordinaire film à suspense mettant aux prises deux grands acteurs (Laurence Olivier et Michael Caine) dans un manoir, La Vénus à la fourrure constitue une sorte de duel cinématographique opposant deux comédiens au sommet de leur art, Emmanuelle Seigner et Mathieu Amalric. Le pari était risqué : l’un comme l’autre devaient participer à un jeu de miroirs d’une grande complexité, et, ce faisant, interpréter plusieurs rôles en un. Emmanuelle Seigner avait à jouer à la fois la Vanda qui vient passer l’audition, la Vanda écrite par Thomas, la Vénus fantasmée par le metteur en scène, jusqu’à, in fine, reprendre elle-même le rôle du valet soumis, joué par Thomas pour lui donner la réplique. Même chose pour Mathieu Amalric, auteur, metteur en scène, mais aussi acteur de sa propre pièce, homme troublé par cette femme dont il ne sait plus très bien si elle s’inscrit dans sa pièce ou dans la vraie vie, homme aux prises avec sa véritable compagne, homme succombant à la tentation du travestissement… Détail qui n’en est pas un s’agissant d’un film « polanskien » en diable : affublé d’une mèche de cheveux somme toute assez ridicule, Mathieu Amalric ressemble à s’y méprendre à Roman Polanski. Autre manière sans doute de brouiller les pistes de la part d’un cinéaste virtuose, à l’aise dans cette partie de cache-cache sado-maso où l’on retrouve toutes les obsessions qui font la marque de ses films : huis clos, manipulation, jeux de soumission-domination, travestissement, humour, burlesque, érotisme… » (Frank Nouchi, Le Monde)

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Le court-métrage

(En cours de choix)

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