Mise au point

Lors de notre séance du dimanche 17 juin où vous avez pu voir le film « L’homme du train » que vous aviez choisi, certains d’entre vous ont été troublés et nous ont posé quelques questions auxquelles nous nous sommes efforcés de répondre.

Pour clarifier les choses pour ceux avec qui nous n’avons pas eu l’occasion d’échanger, nous nous proposons de vous apporter quelques éclaircissements. C’est un peu long, mais cela peut vous aider à comprendre les difficultés que nous rencontrons pour vous proposer les films qui nous intéressent.

La distribution des films est en pleine restructuration.

Un film, depuis quelques années, ne trouve plus sa rentabilité en salles mais à la télévision, en DVD et surtout maintenant en streaming. Il est évident que ces derniers médias touchent beaucoup plus de personnes que les petits cinémas « de quartier » tels que celui de Revel. Et, ce qui ne va pas, à notre avis, dans le bon sens, la qualité n’a pas besoin d’être aussi poussée que pour un grand écran. Ce qui fait que les distributeurs ne trouvent plus d’intérêt à procéder à des numérisations coûteuses pour un gain fort modeste.

Il n’y a pas très longtemps, quand un cinéma voulait passer un film, il demandait au distributeur (le détenteur des droits et des copies) de lui fournir une copie en 35mm. L’exploitant devait alors supporter les frais de transport des bobines et les réacheminer après la séance, soit à l’établissement de stockage du distributeur, soit à la salle qui le programmait en suivant.

Depuis le passage au numérique, les grandes salles de programmation ont fait le choix d’abandonner le support en 35mm et de tout miser sur le numérique.Le Ciné Get, même s’il a fait le choix de conserver son projecteur 35mm, se trouve quasiment devant l’impossibilité de l’utiliser car les distributeurs ont complètement délaissé l’entretien de ces bobines. D’autant plus que les mouvements engendrés par les demandes des cinémas encore équipés auraient demandé des espaces de stockage et du personnel d’entretien et de manutention. On nous répond très souvent quand nous insistons pour obtenir des copies dans ce format qu’il n’existe que des copies de « qualité 5″, le plus mauvais état.

En ce qui concerne le numérique, la copie, d’abord fournie sous la forme matérielle d’un disque dur (DCP) qui voyageait de salle en salle, parvient maintenant à la salle par téléchargement internet. Une « clé » (KDM) générée à la demande de l’exploitant par le distributeur permet de projeter le film le(s) jour(s) choisi(s). C’est également la procédure suivie pour les courts-métrages. Il faut préciser qu’une projection commerciale est automatiquement soumise au paiement de droits au distributeur puisqu’il est impossible de générer des billets d’entrée si la séance n’est pas déclarée. J’en profite pour rappeler que les Z’allucinés ne perçoivent rien sur la recette des entrées. C’est donc Véociné qui rétribue le distributeur et qui paie les taxes et redevances pour la SACEM.

A l’heure actuelle, exceptés quelques films du patrimoine qui bénéficient de numérisations de qualité par des entités que nous pourrions qualifier de sponsors, certains films, mais pas tous, sont numérisés pour obtenir une qualité acceptable pour un petit écran, soit sous forme de DVD (Blu-ray, mais pas toujours) ou pour un visionnage en streaming. Il faut souligner qu’ainsi, on incite les amateurs de cinéma à rester entre soi alors qu’au cinéma, devant un grand écran, parmi d’autres amateurs de bons films, on ressent d’autres sensations !

Les distributeurs tendent à ne plus fournir de copie numérique et nous demandent d’acheter un DVD, étant eux-mêmes dans l’impossibilité de nous le fournir. Nous sommes alors contraints de le trouver dans le commerce, ce qui explique le message d’interdiction de diffusion qui a pu choquer certains. Ce fut le cas notamment pour le film « Cléopâtre » pour lequel nous avons acheté le Blu-ray en novembre 2015. Bien entendu, cela n’empêche pas les distributeurs de nous réclamer des droits à la même hauteur que du temps du 35mm, voire plus. Ils peuvent exiger une recette minimum (MG) pour laquelle nous devons parfois compléter les entrées de la soirée.

Un ciné-club qui, par définition, cherche à proposer des films anciens, parfois peu connus et (ou) peu diffusés se retrouve devant l’impossibilité de présenter des projections de qualité. Pour beaucoup de films, il n’existe même plus de distributeur (c’est le cas par exemple de « La cage aux folles« ), ce qui les condamne à ne plus être projetés. Dans le cas de « L’homme du train« , il existe un Blu-ray. Comme l’un d’entre nous avait un DVD du film, nous avons décidé de l’utiliser. Hélas, le soir de la projection, nous n’avons pu que constater que le son était altéré et que l’image était, pour certaines ambiances, de mauvaise qualité. Nous en sommes désolés.

Mais, est-ce une raison pour laisser tomber des films qui, malgré tout, présentent un intérêt certain ?

Nous disons « NON ! » Et nous ne laisserons pas à la seule Cinémathèque la possibilité de rediffuser ces perles.

Nous avons récemment cherché un film dans lequel avait joué Jacques Higelin. Force est de constater que très peu de ceux auxquels il a participé ont été numérisés ou personne ne dispose plus de droits. Le choix est très réduit. Aussi, nous en profitons pour faire un clin d’œil aux idées véhiculées par les évènements de 1968 en décidant de projeter un film controversé qui pourra initier des échanges nourris après la projection, mais en qualité DVD édité par MK2 puisqu’il n’existe pas de meilleure copie (Blu-ray) sur le marché. Ce sera « L’an 01 » réalisé par Jacques Doillon en 1975 avec le concours de Alain Resnais et de Jean Rouch sur un scénario de Gébé. Vous y retrouverez une distribution impressionnante outre Jacques Higelin avec  Cabu, Cavanna, Wolinski, Depardieu, Auteuil, Coluche, Miou-Miou, Jugnot… et bien d’autres.

Nous espérons avoir pu éclairer vos interrogations dans un univers qui est parfois assez complexe à appréhender, même pour nous.

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15 juillet à 20h30 – L’an 01 – Omnibus

L’AN 01

de Jacques Doillon

avec le concours d’Alain Resnais et de Jean Rouch

« On arrête tout, on réfléchit, et c’est pas triste ! »

Date de sortie : 22 février 1973

Durée : 1h 27min

Réalisé par :  Jacques Doillon, Alain Resnais, Jean Rouch

Avec : Cabu, François Cavanna, Georges Wolinski, Gérard Depardieu, Josiane Balasko, Christian Clavier, Coluche, Romain Bouteille, Thierry Lhermitte, Gérard Jugnot, Miou-Miou, Martin Lamotte, Daniel Auteuil, Nelly Kaplan, Gébé, Marcel Gotlib, François Béranger, Professeur Choron, Jacques Higelin, Patrice Leconte…

Genre : Comédie

Nationalité : française

« Un mardi, à quinze heures, la population, lasse de la toute-puissance du capitalisme et des contraintes d’un mode de vie entièrement dévolu au profit et à la production, décide de déposer les armes de la guerre industrielle. Le mot d’ordre est lancé : «On arrête tout, on réfléchit», et les travailleurs de tous les corps de métier confondus abandonnent leurs occupations professionnelles pour, dans la rue, commencer une nouvelle vie. Bon enfant, ils chantent, flânent, s’aiment et se nourrissent des légumes qu’ils font pousser sur les trottoirs. Fermes, pourtant, ils bannissent la propriété, valeur suprême des nantis et des hommes d’affaires qu’ils décrient avec tant d’ardeur. Lesquels, affolés par la paralysie générale, se suicident en masse, tandis que s’étend à l’Amérique, à l’Afrique et au monde entier le mouvement de rébellion pacifique… » (Télérama)

« On arrête tout, on réfléchit, et c’est pas triste… ». L’An 01 narre un abandon utopique, consensuel et festif de l’économie de marché et du productivisme. Financé grâce à la bonne volonté des lecteurs de Charlie-Hebdo, ce film reste emblématique de la contestation des années 1970.

« L’An 01 est un film d’auteur, mais c’est aussi un film « de Gébé » affirme sans ambages le cinéaste qui a conçu et réalisé le film sous le signe du spontanéisme puisque ceux qui, dans l’entourage de Gébé et de Doillon, ont eu envie de collaborer, ont pu donner leurs idées et les jouer. Ces trouvailles enfilées volontairement de façon fantaisiste composent ainsi une accumulation de saynètes de théâtre de rue conservées sous forme d’ébauches inachevées. Bien ancrée dans la mouvance de l’idéologie post-soixante-huitarde, L’An 01 est une parabole de Gébé traitée avec la désinvolture propre à lui conserver son aspect attrayant, sorte d’antidote du Tout va bien de Godard réalisé la même année, et faisant la nique à l’ennui pontifiant de l’essentiel du cinéma des collectifs militants (…) Fable « d’inspiration anarchisante, mettant l’accent sur un ras le bol » aux antipodes du « réalisme critique » à l’œuvre dans les diverses formes du cinéma engagé, L’An 01 tente de promouvoir de nouvelles valeur telles que le bonheur, le plaisir, la fête, le dialogue, les rapports humains, cette aspiration à changer la vie n’étant pas sans intérêt car assez neuve dans le cinéma. Si l’appel à l’imagination au pouvoir incitant à tout réinventer manque un peu d’enthousiasme de la part de ces gauchistes « sympa » entravés par un instinct grégaire style « tribu », le vaste chantier de cette table rase ne manque pas néanmoins d’apparaître assez vertigineux. L’état des lieux « zéro » induit en effet implicitement un gigantesque programme potentiel en balayant radicalement toute notion d’héritage. Il n’y a rien à garder, tout est à jeter et si l’on transpose le constat social et politique sur le plan du cinéma, cela voudrait dire « foin de Nouvelle Vague, de jeune cinéma ou de cinéma moderne, tout est à recommencer ! ». » (René Prédal, Jacques Doillon, trafic et topologie des sentiments)

« Le film narre un abandon utopique, consensuel et festif de l’économie de marché et du productivisme. La population décide d’un certain nombre de résolutions dont la première est « On arrête tout » et la deuxième « Après un temps d’arrêt total, ne seront ranimés — avec réticence — que les services et les productions dont le manque se révélera intolérable. Probablement : l’eau pour boire, l’électricité pour lire le soir, la TSF pour dire “Ce n’est pas la fin du monde, c’est l’an 01, et maintenant une page de Mécanique céleste” ». L’entrée en vigueur de ces résolutions correspond au premier jour d’une ère nouvelle, l’An 01. » (Wikipedia)

« Pendant toute la durée de réalisation du film, Gébé dessine, dans ses planches, le film en train de se faire, prolonge le travail, répond au lecteur, rend compte de l’enthousiasme général. Le film, c’est l’Utopie en train de se faire, L’An 01 qui commence. La bande dessinée, elle c’est le carnet, la mémoire de cette révolution en marche. Le monde entier participe au film. Le scénario paraît en feuilleton dans Charlie Hebdo. Ecologie, amour, refus des rapports marchands, réinvention de soi et de la société : et si L’An 01 commençait pour de bon ? » (« L’association », éditeur de la BD)

« Parmi les conséquences possibles, il faut mentionner des attitudes qui commencèrent à devenir de plus en plus courantes à partir des années 1970 : congés sans solde, années sabbatiques, passages à temps partiel « pour avoir le temps de se cultiver un peu », et sans doute aussi l’enthousiasme de plusieurs papy-boomers à accepter (voire à demander) une préretraite à 55 ans leur permettant juste de vivre au SMIC. » (Wikipedia)

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Le court (que vous n’avez pas pu voir lors de la séance précédente)

Omnibus

de Sam Karmann

En deux mots

L’incontournable Omnibus, lauréat des plus prestigieuses récompenses en 1992/93, en version restaurée !

Synopsis

Pour notre homme, l’armature de sa vie, c’est son emploi. Malheureusement, la clef de voûte de son emploi, c’est la SNCF. Qu’un jour celle-ci s’arroge le privilège de modifier ses horaires, et voilà que la vie de notre homme est bouleversée. La pluie tombe, l’hiver est triste, pourquoi faut-il en plus que l’enfer de notre quotidien soit pavé de bonnes intentions ?

Pour aller plus loin

Lauréat des plus prestigieuses récompenses en 1992/93, Omnibus est en quelque sorte devenu, au fil des années, la valeur-étalon du court métrage à chute et sa récente numérisation permet à sa version restaurée de connaître une seconde vie, si tant est que la première s’est jamais interrompue, tant son efficacité redoutable a évité les outrages du temps.

La mécanique irrésistible du scénario continue de déclencher les rires francs des publics qui, plus de vingt ans après sa réalisation, découvrent ou retrouvent la savoureuse mésaventure de ce Monsieur-Tout-le-Monde confronté brutalement à un changement d’horaires de son train quotidien, qui ne s’arrête plus à sa gare de campagne – ce qui promet de lui causer de sérieux dommages professionnels. Avec son regard de chien battu, le quidam parviendra à émouvoir le personnel du train pour que son problème trouve une solution et la manière dont le suspense est mené autour de cet objectif dérisoire – poser le pied sur un quai – parodie plaisamment les films d’action les plus ébouriffants.

Depuis, l’acteur Sam Karmann aura confirmé ses qualités derrière la caméra à travers plusieurs longs métrages reconnus, certes, mais pas autant que son Omnibus décidément éternel.

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19 août à 20h30 – 12 jours

12 JOURS

de Raymond Depardon

Date de sortie : 29 novembre 2017

Durée : 1h 26min

Réalisé par : Raymond Depardon

Genre : Documentaire

Nationalité : française

12 jours revient sur une nouvelle loi mise en application depuis le 27 septembre 2013 : les patients hospitalisés sans consentement dans les hôpitaux psychiatriques doivent être présentés à un juge des libertés et de la détention avant 12 jours puis tous les six mois si nécessaire. Autrefois, seul le psychiatre décidait de l’hospitalisation d’un individu.

« A l’origine de cette procédure, une censure du Conseil constitutionnel du 26 novembre 2010 affirmant que l’hospitalisation à la demande d’un tiers sans regard d’un juge judiciaire était contraire à la Constitution. Le droit devait entrer dans ces lieux où des personnes sont privées contre leur gré de la liberté d’aller et venir. En 2016, les JLD ont été saisis de 78 193 demandes en matière d’hospitalisation sous contrainte, soit 10 % de plus en deux ans. Dans près de 9 % des cas, le juge a décidé une mainlevée, c’est-à-dire une mise en liberté.

Le juge vérifie la motivation des certificats des médecins. Un premier document justifiant la mesure doit être signé dans les vingt-quatre heures de l’hospitalisation, et une deuxième évaluation doit être réalisée par un médecin différent dans les soixante-douze heures. Un troisième avis est fourni au juge avant l’audience pour justifier ou non le maintien de la mesure. Le juge contrôle la procédure, pas la justification médicale de la mesure. » (Le Monde)

Pour permettre au malade de parler librement, son psychiatre n’est pas présent à l’audience. Le patient peut en outre faire appel de la décision du juge. Ce dernier n’exerce en rien une contre-expertise psychiatrique, et a seulement pour mission de vérifier que le dossier médical est complet et argumenté. La force du film de Depardon est de ne pas porter de jugement condescendant, ni envers les malades, ni envers les juges, et de présenter une vision objective des faits. Dans ce but, trois caméras ont été installées dans la salle d’audience : l’une pour le magistrat, l’autre pour le patient, et la troisième pour les plans généraux. L’égale distance ainsi obtenue, et la récurrence de plans fixes qui en résulte, donnent au film une objectivité et une sérénité bienvenues. « Même si nos films peuvent laisser penser le contraire, nous ne sommes pas plus attirés par les institutions que d’autres ; notre moteur est notre curiosité, notre force est notre naïveté ; nous ne sommes spécialistes de rien, nous tentons simplement de rester à l’écoute, de restituer des moments, des paroles, des émotions », ont ainsi écrit Raymond Depardon et la productrice Claudine Nougaret dans une note d’intention.

Le réalisateur Raymond Depardon et la productrice Claudine Nougaret précisent qu’il « n’est pas de cercle familial ou amical, qui ne compte parmi ses membres une personne vulnérable, nous sommes tous concernés. Chaque année, il y a en France environ 92 000 mesures d’hospitalisations psychiatriques sans consentement (soit 250 personnes par jour). »

Avec ce film, Raymond Depardon tente de donner un point de vue universel et nouveau sur le problème complexe de la santé mentale : « Nous sommes sortis grandis de ce film qui donne la parole à ceux qui sont momentanément enfermés dans leur esprit et en ont perdu l’usage. Ces personnes vulnérables témoignent de leur histoire intime mais aussi à leur façon de l’histoire politique, sociale et morale de la France. Même si nos films peuvent laisser penser le contraire, nous ne sommes pas plus attirés par les institutions que d’autres, notre moteur c’est notre curiosité, notre force c’est notre naïveté, nous ne sommes spécialistes de rien, nous tentons simplement de rester à l’écoute de restituer des moments, des paroles, des émotions. »

L’équipe du film a posé sa caméra dans un hôpital qui organise deux fois par semaine des audiences publiques présidées tour à tour par 4 juges des libertés, deux hommes et deux femmes. Le psychiatre en charge du patient n’est pas présent à l’audience pour permettre au malade de parler librement des conditions d’hospitalisation.

Entre deux audiences, le réalisateur filme les couloirs avec leurs chambres closes, la cour de l’hôpital où les malades fument cigarette sur cigarette. Des images d’une grande douceur, accompagnées d’une belle musique élégiaque d’Alexandre Desplat.

 

Le film a été présenté hors compétition à Cannes en 2017.

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Grand froid sur le cinéma français

Paru sur le blog d’Ecran noir (21/06/2017) :

« C’est une longue traversée du désert que vit le cinéma français. Cela fait quatre mois que la pôle position du box office est occupée par le cinéma hollywoodien. Seuls deux films sont dans le Top 10 annuel (5 pour le Top 20). On ne compte plus les fiascos. Le dernier film français millionnaire est A bras ouvert, sorti début avril. Les comédies, genre favori des spectateurs et genre préféré des producteurs, ont subit de sérieux revers. Seulement six ont passé le cap du million d’entrées en 6 mois. Certaines ont signé de sacrées contre-performances. Hormis Raid Dingue et Alibi.com, aucune n’a vraiment fédéré au premier semestre. Ni Camille Cottin, ni Kev Adams, ni Alexandra Lamy, ni même Franck Dubosc n’ont sauvé des films que les critiques ne veulent même plus voir…

On peut aussi se désoler, dans le pays de la cinéphilie, qu’aucun autre film dramatique, d’auteur, d’action/aventures ou de « genre » n’ait pris le relais. Mais comment pourrait-il en être autrement? Qui parle de ces films à la télévision et hors des radios publiques? Le marketing hollywoodien a imposé sa toute puissance. Sans l’effet Cannes, comment Desplechin pourrait-il attirer plus de 400000 spectateurs quand, en face, les médias généralistes choisissent un Alien, des Pirates ou des Super-héros?

Le buzz sur les réseaux sociaux, le star-système est incomparablement plus puissant quand il est made in USA. Les distributeurs français ne manquent pas d’initiatives mais de moyens et de solidarité.

Consanguinité entre télé et ciné

L’INA vient de publier une étude (pour la période du 1er janvier 2010 au 31 décembre 2015) sur les talk-shows et divertissements TV et radios, ce genre où les invités sont convoités et les audiences ciblées. On constate que les invités venant du cinéma et de la musique sont les plus sollicités. En cinq ans, c’est Franck Dubosc qui a été le plus invité (95 fois!!!! dont 21 fois sur France 2), devançant François-Xavier Demaison et François Berléand, tous trois avec une carrière d’humoristes ou de théâtre. Champion toutes catégories, l’acteur-chanteur Patrick Bruel (99 fois). Et ajoutons parmi les chouchous Charles Berling, Daniel Auteuil, Isabelle Nanty, Pierre François Martin Laval, Denis Podalydès, Josiane Balasko, Gérard Jugnot et Jamel Debbouze. En clair beaucoup de plus de 40 ans, beaucoup d’hommes, beaucoup de multi-tâches, beaucoup de comédiens issus de la comédie. Et pourtant ça ne suffit pas à faire des entrées.

« On observe une importante densité au niveau des connexions entres les animateurs et leurs invités, ce qui illustre bien la tendance de la part des animateurs du corpus à inviter globalement les mêmes personnes dans leurs émissions. S’il est vrai que les animateurs ont des affinités avec certains invités, celles-ci sont la plupart du temps « non exclusives » ; autrement dit la plupart des personnes invitées régulièrement sur les plateaux des talk-shows et des divertissements ont été invitées à peu de reprises par un même animateur. En effet, de manière générale, les personnalités qui sont les plus souvent invitées ne sont pas liées à un seul présentateur, mais sont au contraire connectées à un grand nombre d’animateurs. »

Voilà. En d’autres termes la consanguinité entre animateurs et invités empêche, comme en génétique, une régénérescence de la famille. A force de voir toujours les mêmes têtes, il n’y a plus de désir, mais plutôt une lassitude. A trop produire des comédies fades et mal écrites, à trop vendre le cinéma avec les mêmes acteurs/actrices, à trop coloniser les émissions de divertissements et les talk-shows avec ces mêmes acteurs pour ces mêmes comédies, on ne produit qu’une seule chose: l’indifférence. »

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Répertoire vient du latin « reperire » : retrouver

Extrait du « Petit mot de nos cousins d’Utopia » dans le fanzine n°11 de l’American Cosmograph :

« On ne dira jamais assez à quel point il est goûteux, plaisant intéressant, agréable de se plonger dans des films dits de « répertoire », par contraste avec ceux qui viennent de sortir du four… Le bon pain vieillit bien, le bon vin s’améliore jusqu’à son « apogée », tandis qu’on oublie la piquette éphémère… Le cinéma aussi fait le tri entre les blockbusters et les chefs-d’œuvre. Il y a ceux vite consommés, vite oubliés et ceux qui passent les années, ceux qu’on retrouve avec un plaisir sans cesse renouvelé : ils marquent nos vies pour toujours, par leurs qualités exceptionnelles, par ce qu’ils racontent d’une époque, de vies…

On a trop pris l’habitude de picorer seul ces films-là, parfois sur son ordinateur ou une télé mal réglée qui les dévalorise, les plus jeunes ne connaissent même pas leur existence. Pourtant, rien n’est plus formidable que de déguster ces moments forts du cinéma au coude à coude dans le noir avec d’autres dans les conditions de leur première vie, sur un grand écran « a thing of beauty is a joy for ever… » disait le poète. Se plonger par eux dans un passé proche, conduit toujours à une méditation sur le présent, à une rencontre avec les valeurs éternelles de grands cinéastes dans des images qu’aucun effet spécial n’égalera jamais.

(…) Comment faire pour attirer votre attention sur ces films de « répertoire » dans des temps ou chaque nouvelle sortie chasse la précédente… comment faire pour qu’ils ne soient pas noyés dans le tintamarre des films récemment promus par les médias ? (…) »

C’est bien ce qui guide la démarche des Z’allucinés.

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