Dimanche 24 février – Le ciel peut attendre –

LE CIEL PEUT ATTENDRE

de Ernst Lubitsch

« If you want to win a girl, you have to have lots of beetles. »

Date de sortie : 26 août 1946

Durée : 1 h 52

Date de reprise : 31 janvier 2018

Réalisé par : Ernst Lubitsch

Avec : Gene Tierney, Don Ameche, Charles Coburn

Genre : Comédie

Nationalité : Américaine

 

Henry Van Cleve vient de mourir, une infirmière au visage d’ange à son chevet. Son existence fut dévolue au plaisir : il se présente donc spontanément devant le diable. Mais on n’obtient pas sa place en enfer aussi facilement. Pour que Lucifer puisse juger, Henry lui raconte sa vie, dont la plus grande qualité fut, sans conteste, sa merveilleuse épouse, Martha.

Excepté les scènes en enfer, une sorte de grande salle d’attente, toutes les scènes du film se déroulent un jour d’anniversaire du héros.

« A travers ce portrait d’un Casanova infantile et attachant, Lubitsch brode une apologie de la félicité conjugale. Il traite de l’amour, du deuil, de la trahison, du plaisir et de la mort avec la pudeur de ceux qui connaissent la fragilité du bonheur. Cette comédie où le cynisme côtoie la pureté et où la mélancolie flirte avec la légèreté gamine est riche en enseignements lubitschiens : il faut beaucoup de scarabées pour séduire les filles, ne jamais laisser passer une femme qui éternue, toujours avoir un grand-père indigne chez soi, et, surtout, faire confiance à l’amour et à la beauté en Technicolor de Gene Tierney. Le ciel peut attendre n’est pas du champagne : c’est un alcool doux et profond. Avec ce film testament, Lubitsch gagna à coup sûr son billet pour le paradis. » (Guillemette Odicino, Télérama)

« Histoire d’un couple, ce n’est pas uniquement celle d’un époux, mais d’une épouse. Gene Tierney incarne pour la postérité ce personnage, possiblement ingrat, dont elle fait une personnalité vive et affectueuse, alliage de perspicacité et d’indulgence, correspondant aux exigences de l’univers de Lubitsch (elle a l’élégance de mentir à sa mère). Difficile en songeant au film de ne pas penser en premier lieu à son regard triste sous un chapeau bleu (couleur qu’elle y préfère à de nombreuses reprises), image de la véritable héroïne de ce conte d’une époque déjà révolue à l’heure de sa réalisation. Peu après, plus de Lubitsch, plus de films de Lubitsch. Le ciel pouvait attendre. » (DVD Classik)

Henry Van Cleve répond à Satan, qui lui demande comment s’est passé son décès : « Le mieux du monde, j’avais mangé tout ce que les médecins m’avaient interdit. J’ai eu un accès de fièvre et quand je me suis réveillé, tout le monde autour de moi parlait doucement en disant du bien de moi, alors j’ai compris que j’étais mort. »

Gene Tierney révèle dans son autobiographie qu’elle ne pouvait répondre aux exigences qu’Ernst Lubitsch lui imposait. Une fois, l’actrice lui a demandé de cesser de lui crier dessus. Celui-ci rétorqua : « Je suis payé pour vous crier dessus. -Et moi je suis payée pour tout entendre, mais pas assez », lui répondra Gene Tierney. Après un silence, Lubitsch éclata de rire. Lui et l’actrice devinrent très vite amis.

Même si on évitera le terme de testament, Le ciel peut attendre ressemble toutefois à un bilan cinématographique et humain particulièrement émouvant.

 

Le Ciel peut attendre a été nommé aux Oscars de la Meilleure Photographie, du Meilleur film et du Meilleur Réalisateur.

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Le court

Ascension

de Thomas Bourdis, Martin de Coudenhove et Caroline Domergue

06’50, Animation, Humour, 2013, Film muet

Au début du vingtième siècle, deux alpinistes montent la statue d’une Sainte Vierge en haut d’une montagne.

Grand voyageur des festivals d’animation sur tous les continents en 2014, Ascension prouve à son tour le haut niveau des écoles d’animation françaises, étant signé de cinq étudiants de Supinfocom Arles maîtrisant parfaitement l’image numérique 3D. Leur film joue habilement du postulat géographique de son intrigue, tout en verticalité et suit ses deux personnages dans leur mission en les regardant en plongée, en contre-plongée ou de côté, lorsque l’un d’entre eux chute, infortuné, dans une crevasse.

es décors de montagne sont grandioses, d’autant que la lumière du film traduit le passage du jour, les scènes ultimes de l’ascension étant nimbées des rayons d’un soleil couchant, pour un rendu visuellement superbe. Pour ce qui est de l’histoire, la sulpicienne mission du duo d’escaladeurs – installer une Vierge au sommet d’un pic – est heureusement battue en brèche par un humour très “cartoonesque” et politiquement quelque peu insolent, puisque l’un des audacieux perd successivement ses prothèses de jambe et de bras, tandis que la statue sacrée filera sur la neige comme un bobsleigh ! On peut heureusement rire de tout, surtout dans le champ de l’animation !

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Dimanche 10 mars – Les figures de l’ombre -

Dans le cadre de la « Journée de la femme« 

en liaison avec Amnesty International

LES FIGURES DE L’OMBRE

de Théodore Melfi

 

Date de sortie : 8 mars 2017

Durée : 2h 07min)

Réalisé par : Theodore Melfi

Avec : Taraji P. Henson, Octavia Spencer, Janelle Monáe

Genres : Drame, Biopic

Nationalité : américaine

Le destin extraordinaire des trois scientifiques afro-américaines qui ont permis aux États-Unis de prendre la tête de la conquête spatiale, grâce à la mise en orbite de l’astronaute John Glenn. Maintenues dans l’ombre de leurs collègues masculins et dans celle d’un pays en proie à de profondes inégalités, leur histoire longtemps restée méconnue est enfin portée à l’écran.

Et si l’homme blanc n’avait pu s’envoyer en l’air que grâce à la contribution de femmes noires? Au début des années 1960, en pleine guerre froide, la Nasa se trouve dans l’embarras. Les Russes ne cessent d’aligner les victoires : premier satellite artificiel (Spoutnik en 1957) premier être vivant dans l’espace (la chienne Laïka dans Spoutnik 2, toujours en 1957), premier homme (Youri Gagarine en 1961). Pendant ce temps-là, les Américains accumulent les déconvenues et restent désespérément cloués au sol. Heureusement, trois femmes noires talentueuses Katherine Johnson, Dorothy Vaughn et Mary Jackson vont bientôt sauver la situation et permettre à John Glenn d’être le 20 février 1962 le premier Américain en orbite, effectuant trois rotations dans l’espace avant de retourner sur Terre et d’y amerrir sans encombre.

Il s’agit de l’adaptation du livre intitulé Hidden Figures de Margot Lee Shetterly mettant en scène la physicienne, mathématicienne et ingénieure spatiale américaine Katherine Johnson qui a contribué aux programmes aéronautiques et spatiaux de la National Aeronautics and Space Administration (NASA). Réputée pour ses compétences en navigation astronomique, elle a calculé les trajectoires du programme Mercury et de la mission Apollo 11 vers la Lune en 1969.

 

L’écrivaine, également productrice exécutive du film, s’est penchée sur le sort des femmes employées de la NASA. Alors que son propre père travaillait au sein de l’agence spatiale, elle a été stupéfaite que ces femmes ne soient pas plus connues. Le film s’inspire de son ouvrage, basé sur des entretiens, des recherches approfondies et des documents d’archives, qui raconte le quotidien extraordinaire de ces femmes partagées entre la révolution technologique à laquelle elles ont pris part et la ségrégation dont elles ont été victimes. Margot Lee Shetterly a également fondé le Human Computer Project, une organisation dédiée à l’archivage du travail de toutes les femmes qui ont contribué aux premiers succès de la NASA. « Ces femmes étaient d’une certaine manière invisibles, mais elles considéraient qu’elles avaient la chance d’exercer un métier qui leur plaisait – elles aimaient en effet s’attaquer à ces complexes problèmes mathématiques – et cela leur suffisait », déclare l’auteur. « Par le passé, les femmes étaient systématiquement écartées dans les milieux technologiques. Nous avons cette image préconçue de l’astronaute et du scientifique et puisque ces femmes ne correspondaient pas au profil, les historiens les ont souvent oubliées ».

Alors que dans l’industrie, pendant la Seconde Guerre mondiale, les femmes étaient invitées par l’icône de Rosie la riveteuse à occuper des postes jusqu’alors tenus par des hommes, le même phénomène a touché le domaine des sciences et des mathématiques. La pénurie de scientifiques et de mathématiciens conjuguée au vote de lois anti-discrimination raciale a poussé la Défense et les agences fédérales à embaucher des femmes et des Afro-Américains capables de poursuivre leurs recherches fondamentales, afin notamment de pouvoir envoyer le premier Américain en vol orbital autour de la Terre.

Le travail de Katherine Johnson est aujourd’hui officiellement reconnu par la NASA. Un pôle de recherche informatique et de calcul portant son nom a été inauguré au Centre de recherche Langley le 5 mai 2016, jour du 55e anniversaire du vol historique d’Alan Shepard dans l’espace rendu possible par la mathématicienne.

Malgré les lois ségrégationnistes Jim Crow toujours en vigueur en Virginie, le laboratoire de Langley (Langley Memorial Research Lab), géré par ce qui deviendra la NASA, a engagé une équipe entière de femmes afro-américaines capables de réaliser des calculs extrêmement complexes bien avant l’arrivée des superordinateurs. Un grand nombre d’entre elles étaient professeurs de mathématiques. Bien que leur travail ait été indispensable, leur couleur de peau n’était pas oubliée; ces dernières mangeaient et travaillaient dans des locaux séparés situés dans une aile isolée de l’agence, le West Computing. Elles étaient également moins payées que leurs collègues blanches.

Le film enjolive à dessein certains faits ; par exemple, dans sa dernière partie, Katherine Johnson réalise des calculs sophistiqués en moins d’une heure, ce qui n’est pas compatible avec la réalité. La NASA considère que cette scène s’inspire librement des faits. L’ordinateur avait produit le même résultat, confirmé par le calcul humain.

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Jeudi 14 mars – Fête du Court-Métrage (Salle Nougaro)

FÊTE DU COURT-METRAGE

Salle Claude Nougaro

SEANCE GRATUITE

 

 

 

Lumière : Première vue photographique animée de l’histoire du cinéma

 

Je suis un oiseau : « Ça fait rire les oiseaux. Ça fait chanter les abeilles. Ça chasse les nuages et fait briller le soleil. Oh, oh, oh, rire les oiseaux » La Compagnie Créole.

 

Haenyo, les femmes de la mer : Ce film dévoile sept expressions idiomatiques originaires de l’île de Jeju. , située au sud de la Corée du Sud. Sa narration, à la fois sensible et anthropologique, présente la société matriarcale des Haenyo, les femmes de la mer.

 

Aria : Athènes, aujourd’hui. Aria, dix-sept ans, attendait avec impatience la leçon de conduite que son père Petros devait lui donner. Mais ce dernier la laisse tomber au dernier moment, et lui confie la garde de Luna, une chinoise d’une vingtaine d’années qui ne parle ni grec, ni anglais.

 

Oktapodi : Pour échapper aux griffes d’un commis cuisinier, deux poulpes se lancent dans une course-poursuite burlesque. Pourtant, malgré leur improbable succès pour échapper à leur fatale destinée, leur combat pour rester unis ne semble pas fini.

Indes galantes : Le krump est une danse née dans les ghettos noirs de Los Angeles après les émeutes de 1995. Clément Cogitore, à travers cette performance filmée sur le plateau de l’Opéra Bastille, crée une battle entre la culture urbaine et la musique de Rameau.

Touche dièse : Alex appelle un numéro qu’il ne connaît que trop bien.

 

 

 

Big bag : Une raison de plus de détester les sacs à dos !

 

 

Le torero hallucinogène : Un barbier aficionado laisse son commis raser un client pendant qu’il regarde la télévision en mimant la corrida retransmise.

 

Lettres de femmes : Sur le front de la Grande Guerre, l’infirmier Simon répare chaque jour les gueules cassées des poilus avec des lettres d’amour, des mots de femmes qui ont le pouvoir de guérir les blessures de ces soldats de papier.

 

 

Nouilles : La journée d’une famille particulière : Giorgio, Roberto et Jojo ne peuvent se passer ni de nouilles, ni de mère !

 

 

Tram : C’est le train-train quotidien pour la conductrice du tram. Comme chaque matin, les hommes embarquent pour aller au travail, un par un, tous les mêmes, silencieux, gris, indifférents.

 

 

Un jour : Un jour, un homme est entré dans mon ventre. Aussi, ce fut un choc quand il partit.

 

Ménage : Blanche est une maniaque du ménage. Colette, après avoir passé une nuit blanche très mouvementée, lui rend visite.

 

 

Dialogue de sourds : Les deux frères Cerebos viennent de gagner, grâce à un jeu-concours organisé par un journal, un fabuleux voyage pour une personne. L’aîné des Cerebos est paraplégique. Le cadet, aveugle. Problème : qui partira ?

 

 

Les baisers des autres : C’est l’histoire d’une gamine de quinze ans qui trouve la vie écœurante. En pleine crise d’adolescence, Sandra s’en prend à tout le monde : que ce soit au lycée ou en famille, rien n’échappe à ses critiques et à ses sarcasmes.

 

Hammam : Deux jeunes filles se rendant pour la première fois au hammam vont nous guider et nous perdre dans un dédale de bains de vapeur, de douches, de bassins et de fontaines.

 

Sales gosses : Un Pygargue à tête blanche face aux piaillements incessants de ses petits.

 

 

Rétention : Un Centre de Rétention en France. Mathilde bataille chaque jour pour défendre les droits d’étrangers qui y sont enfermés. Arrive Yuri, ukrainien sans papiers. Commence alors une course contre la montre pour Mathilde qui va tenter d’empêcher son expulsion.

 

Hors-piste : Les deux meilleurs sauveteurs de la région s’envolent pour une énième mission. Professionnalisme et efficacité sont au rendez-vous mais tout ne se passe pas comme prévu.

 

Dragon baby : Le petit frère de Iron Baby…

 

 

 

 

 

 

 

La tirade : Cette fois, il ne laissera pas passer cette insulte raciste ! Il se lance alors dans une longue tirade…

 

 

 

Le chapeau à surprises : Un magicien invite à manger des amis et leur réserve quelques surprises.

 

 

 

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Dimanche 20 janvier – Les fraises sauvages – Vous voulez une histoire ?

LES FRAISES SAUVAGES

Ingmar Bergman

Suite aux problèmes rencontrés autour de cette soirée, le film « Les Fraises Sauvages » sera proposé à nouveau le dimanche 16 juin

Date de sortie : 26 décembre 1957

Durée : 1h 31min

Date de reprise : 26 septembre 2018 – Version restaurée

Réalisé par : Ingmar Bergman

Avec : Victor Sjöstrom, Bibi Andersson, Ingrid Thulin

Genre : Drame

Nationalité : suédoise

La veille de la cérémonie qui doit honorer et célébrer sa longue carrière de médecin, le professeur Isak Borg fait un rêve étrange où il est confronté à sa propre mort. Le lendemain, il décide de partir en voiture à l’université de Lund en compagnie de Marianne, sa belle-fille. Durant le trajet, le vieux professeur fait le bilan d’une vie gâchée par l’égoïsme. Il revoit sa jeunesse avec « le coin des fraises sauvages » où l’entraînait sa cousine. Puis il évoque ses souvenirs de sa vie de médecin de campagne.

« Quelques mois après sa fameuse réflexion sur la mort, Le Septième Sceau, Bergman en propose une nouvelle avec ces Fraises sauvages. Il y fait le portrait d’un vieux professeur assailli par de sombres rêves, bousculé par des visions de corbillard, et par sa bru, qui lui reproche d’être un égoïste froid. Isak a pourtant l’air d’un brave retraité, et le cinéaste Victor Sjöström, qui l’interprète, a toute l’affection de Bergman. Pendant le voyage en voiture qui le conduit à une cérémonie donnée pour lui, le professeur s’échappe en pensée vers le paradis de sa jeunesse, une maison de famille dans les bois, où une jeune fille qu’il aime cueille des fraises sauvages. Mais, là aussi, une image de lui moins idyllique le rattrape.

Dans ce bilan d’une existence, Bergman se montre d’une honnêteté impressionnante. Pour dire l’hypocrisie qui mine une histoire familiale, la dureté du temps qui passe et qui finit par confondre la valeur de la vie et celle de l’héritage, le cinéaste se passe d’euphémismes. Il n’a alors que 39 ans et semble avoir déjà tiré les leçons de toutes les désillusions. Mais sa clairvoyance n’est jamais amertume. Son film est un road-movie avant l’heure, où il sait entretenir le doute. Le professeur était fermé à la vie, et voilà qu’elle le réveille pour lui offrir une chance d’être un homme d’émotions. Magnifique. » (Télérama, Frédéric Strauss)

Ingmar Bergman a écrit le scénario des Fraises sauvages sur un lit d’hôpital, ce qu’il renouvellera pour Persona. L’acteur principal, Victor Sjöstrom, un pionnier du cinéma suédois, était alors en très mauvaise santé (il décèdera deux ans plus tard) et certaines scènes, notamment celles dans la voiture, ont été réalisées en studio. Le réalisateur dira : « Nous avons tourné les gros plans d’Isaac Borg (joué par Victor Sjöstrom) lorsqu’il trouve la lumière et la paix intérieure. Son visage brillait d’un éclat mystérieux, reflet d’une autre réalité. Ses traits étaient brusquement devenus doux, presque effacés. Il avait l’air ouvert, souriant, tendre. C’était un miracle. Le calme total… la paix et la lumière de l’âme. Jamais avant ni depuis je n’ai rencontré de visage si noble et si libéré ».

Les fraises semblent être en quelque sorte la « madelaine de Proust » de Bergman. En effet, elles sont omniprésentes dans plusieurs films dont Jeux d’été ou Le septième sceau. Woody Allen, fan incontestable de Bergman, déclare « L’horloge sans aiguilles, les chevaux qui tirent le char funèbre et qui soudain se figent, le soleil aveuglant et le visage du vieil homme tandis que son squelette le place dans le cercueil. Qui peut oublier de telles images ? ».  Il en reprendra d’ailleurs certains thèmes : la mort, la solitude, la complexité du couple…

« Quelle aura été l’ambition d’Ingmar Bergman ? Être un artiste ? Sans doute. Mais pas comme un peintre, pas comme un musicien peuvent se penser artistes. Bergman est plutôt l’équivalent, au vingtième siècle […] qui est celui du cinéma, de ce qu’ont été au dix-neuvième les auteurs de romans et les auteurs dramatiques. Un pourvoyeur d’imaginaire, si l’on veut ; mais j’aime mieux considérer, pour parler de lui, que le roman, la littérature et le drame sont des pourvoyeurs de réalité, et profonde. » (Jacques Aumont, Cahiers du Cinéma Auteurs).

Bergman confiait à Olivier Assayas et Stig Björkman pour les Cahiers du Cinéma : « Je pense qu’en enfer je vais devoir m’asseoir dans une salle de projection et voir mes propres films pendant deux ou trois éternités. Je pense que ça sera ma punition. »

Ce film, avec Les raisins de la colère, a donné ses lettres de noblesse au genre du road-movie.

Les Fraises sauvages obtient l’Ours d’or au Festival de Berlin en 1958.

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Le court

Vous voulez une histoire ?

“Vous voulez une histoire ? Mettez deux femmes dans une pièce et imaginez que l’une d’elle est rousse.”

Après le beau succès d’estime de La fille du 14 juillet, son premier long métrage, Antonin Peretjatko est revenu au format court avec une totale liberté – celle qui l’a toujours mené – et en tournant en Super 16 des images aux quatre coins du monde.

D’emblée, le film est placé sous le signe du voyage et des femmes. Partir à l’aventure, voilà qui est suffisant pour raconter une histoire, nous dit le cinéaste au bout de son drôle d’objet filmique, traversé de belles et indolentes créatures. Un train roulant jusqu’au bout du monde, en l’occurrence Vladivostok : qui n’en a jamais rêvé ? Qui plus est en charmante compagnie…

Dans un monde globalisé, chacun peut tout de même tracer sa propre voix et le réalisateur-voyageur ne s’en prive pas. Son périple est également intérieur, comme en témoigne le début du film et son carton “The End”, Peretjatko n’en étant jamais à une facétie près. Comme toute une tradition de cinéastes qu’il cite sans la moindre lourdeur depuis ses débuts et le très référencé Changement de trottoir. Avec ce film, toutefois, un certain spleen semble avoir imprégné l’esprit farceur de son cinéma.

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Mise au point

Lors de notre séance du dimanche 17 juin où vous avez pu voir le film « L’homme du train » que vous aviez choisi, certains d’entre vous ont été troublés et nous ont posé quelques questions auxquelles nous nous sommes efforcés de répondre.

Pour clarifier les choses pour ceux avec qui nous n’avons pas eu l’occasion d’échanger, nous nous proposons de vous apporter quelques éclaircissements. C’est un peu long, mais cela peut vous aider à comprendre les difficultés que nous rencontrons pour vous proposer les films qui nous intéressent.

La distribution des films est en pleine restructuration.

Un film, depuis quelques années, ne trouve plus sa rentabilité en salles mais à la télévision, en DVD et surtout maintenant en streaming. Il est évident que ces derniers médias touchent beaucoup plus de personnes que les petits cinémas « de quartier » tels que celui de Revel. Et, ce qui ne va pas, à notre avis, dans le bon sens, la qualité technique n’a pas besoin d’être aussi poussée que pour un grand écran. Ce qui fait que les distributeurs ne trouvent plus d’intérêt à procéder à des numérisations coûteuses pour un gain fort modeste.

Il n’y a pas très longtemps, quand un cinéma voulait passer un film, il demandait au distributeur (le détenteur des droits et des copies) de lui fournir une copie en 35mm. L’exploitant devait alors supporter les frais de transport des bobines et les réacheminer après la séance, soit à l’établissement de stockage du distributeur, soit à la salle qui le programmait en suivant.

Depuis le passage au numérique, les grandes salles de programmation ont fait le choix d’abandonner le support en 35mm et de tout miser sur le numérique. Le Ciné Get, même s’il a fait le choix de conserver son projecteur 35mm, se trouve quasiment devant l’impossibilité de l’utiliser car les distributeurs ont complètement délaissé l’entretien de ces bobines. D’autant plus que les mouvements engendrés par les demandes des cinémas encore équipés auraient demandé des espaces de stockage et du personnel d’entretien et de manutention. On nous répond très souvent quand nous insistons pour obtenir des copies dans ce format qu’il n’existe que des copies de « qualité 5″, le plus mauvais état.

En ce qui concerne le numérique, la copie, d’abord fournie sous la forme matérielle d’un disque dur (DCP) qui voyageait de salle en salle, parvient maintenant à la salle par téléchargement internet. Une « clé » (KDM) générée à la demande de l’exploitant par le distributeur permet de projeter le film le(s) jour(s) choisi(s). C’est également la procédure suivie pour les courts-métrages. Il faut préciser qu’une projection commerciale est automatiquement soumise au paiement de droits au distributeur puisqu’il est impossible de générer des billets d’entrée si la séance n’est pas déclarée. J’en profite pour rappeler que les Z’allucinés ne perçoivent rien sur la recette des entrées. C’est donc Véociné qui rétribue le distributeur et qui paie les taxes et redevances pour la SACEM (Eh oui, il y a aussi des droits d’auteur).

A l’heure actuelle, exceptés quelques films du patrimoine qui bénéficient de numérisations de qualité par des entités que nous pourrions qualifier de sponsors, certains films, mais pas tous, sont numérisés pour obtenir une qualité acceptable pour un petit écran, soit sous forme de DVD (Blu-ray, mais pas toujours) ou pour un visionnage en streaming. Il faut souligner qu’ainsi, on incite les amateurs de cinéma à rester entre soi alors qu’au cinéma, devant un grand écran, parmi d’autres amateurs de bons films, on ressent d’autres sensations !

Certains distributeurs tendent à ne plus fournir de copie numérique et nous demandent d’acheter un DVD, étant eux-mêmes dans l’impossibilité de nous le fournir. Nous sommes alors contraints de le trouver dans le commerce. Ce fut le cas notamment pour le film « Cléopâtre » pour lequel nous avons acheté le Blu-ray en novembre 2015. Bien entendu, cela n’empêche pas les distributeurs de nous réclamer des droits à la même hauteur que du temps du 35mm, voire plus. Ils peuvent exiger une recette minimum (MG) pour laquelle les Z’allucinés doivent parfois compléter les entrées de la soirée.

Un ciné-club qui, par définition, cherche à proposer des films anciens, parfois peu connus et /ou peu diffusés se retrouve devant l’impossibilité de présenter des projections de qualité. Pour beaucoup de films, il n’existe même plus de distributeur (c’est le cas par exemple de « La cage aux folles » qui avait remporté un large succès à sa sortie), ce qui les condamne à ne plus être projetés. Dans le cas de « L’homme du train« , il existe un Blu-ray. Comme l’un d’entre nous avait un DVD du film, nous avons décidé de l’utiliser. Hélas, le soir de la projection, nous n’avons pu que constater que le son était altéré et que l’image était, pour certaines ambiances, de mauvaise qualité. Nous en sommes désolés.

Mais, est-ce une raison pour laisser tomber des films qui, malgré tout, présentent un intérêt certain ?

Nous disons « NON ! » Et nous ne laisserons pas à la seule Cinémathèque la possibilité de rediffuser ces perles.

Nous avons récemment cherché un film dans lequel avait joué Jacques Higelin. Force est de constater que très peu de ceux auxquels il a participé ont été numérisés ou personne ne dispose plus de droits. Le choix est très réduit. Aussi, nous en profitons pour faire un clin d’œil aux idées véhiculées par les évènements de 1968 en décidant de projeter un film controversé qui pourra initier des échanges nourris après la projection, mais en qualité DVD édité par MK2 puisqu’il n’existe pas de meilleure copie (Blu-ray) sur le marché. Ce sera « L’an 01 » réalisé par Jacques Doillon en 1975 avec le concours de Alain Resnais et de Jean Rouch sur un scénario de Gébé. Vous y retrouverez une distribution impressionnante outre Jacques Higelin avec  Cabu, Cavanna, Wolinski, Depardieu, Auteuil, Coluche, Miou-Miou, Jugnot… et bien d’autres.

Nous espérons avoir pu éclairer vos interrogations dans un univers qui est parfois assez complexe à appréhender, même pour nous.

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Grand froid sur le cinéma français

Paru sur le blog d’Ecran noir (21/06/2017) :

« C’est une longue traversée du désert que vit le cinéma français. Cela fait quatre mois que la pôle position du box office est occupée par le cinéma hollywoodien. Seuls deux films sont dans le Top 10 annuel (5 pour le Top 20). On ne compte plus les fiascos. Le dernier film français millionnaire est A bras ouvert, sorti début avril. Les comédies, genre favori des spectateurs et genre préféré des producteurs, ont subit de sérieux revers. Seulement six ont passé le cap du million d’entrées en 6 mois. Certaines ont signé de sacrées contre-performances. Hormis Raid Dingue et Alibi.com, aucune n’a vraiment fédéré au premier semestre. Ni Camille Cottin, ni Kev Adams, ni Alexandra Lamy, ni même Franck Dubosc n’ont sauvé des films que les critiques ne veulent même plus voir…

On peut aussi se désoler, dans le pays de la cinéphilie, qu’aucun autre film dramatique, d’auteur, d’action/aventures ou de « genre » n’ait pris le relais. Mais comment pourrait-il en être autrement? Qui parle de ces films à la télévision et hors des radios publiques? Le marketing hollywoodien a imposé sa toute puissance. Sans l’effet Cannes, comment Desplechin pourrait-il attirer plus de 400000 spectateurs quand, en face, les médias généralistes choisissent un Alien, des Pirates ou des Super-héros?

Le buzz sur les réseaux sociaux, le star-système est incomparablement plus puissant quand il est made in USA. Les distributeurs français ne manquent pas d’initiatives mais de moyens et de solidarité.

Consanguinité entre télé et ciné

L’INA vient de publier une étude (pour la période du 1er janvier 2010 au 31 décembre 2015) sur les talk-shows et divertissements TV et radios, ce genre où les invités sont convoités et les audiences ciblées. On constate que les invités venant du cinéma et de la musique sont les plus sollicités. En cinq ans, c’est Franck Dubosc qui a été le plus invité (95 fois!!!! dont 21 fois sur France 2), devançant François-Xavier Demaison et François Berléand, tous trois avec une carrière d’humoristes ou de théâtre. Champion toutes catégories, l’acteur-chanteur Patrick Bruel (99 fois). Et ajoutons parmi les chouchous Charles Berling, Daniel Auteuil, Isabelle Nanty, Pierre François Martin Laval, Denis Podalydès, Josiane Balasko, Gérard Jugnot et Jamel Debbouze. En clair beaucoup de plus de 40 ans, beaucoup d’hommes, beaucoup de multi-tâches, beaucoup de comédiens issus de la comédie. Et pourtant ça ne suffit pas à faire des entrées.

« On observe une importante densité au niveau des connexions entres les animateurs et leurs invités, ce qui illustre bien la tendance de la part des animateurs du corpus à inviter globalement les mêmes personnes dans leurs émissions. S’il est vrai que les animateurs ont des affinités avec certains invités, celles-ci sont la plupart du temps « non exclusives » ; autrement dit la plupart des personnes invitées régulièrement sur les plateaux des talk-shows et des divertissements ont été invitées à peu de reprises par un même animateur. En effet, de manière générale, les personnalités qui sont les plus souvent invitées ne sont pas liées à un seul présentateur, mais sont au contraire connectées à un grand nombre d’animateurs. »

Voilà. En d’autres termes la consanguinité entre animateurs et invités empêche, comme en génétique, une régénérescence de la famille. A force de voir toujours les mêmes têtes, il n’y a plus de désir, mais plutôt une lassitude. A trop produire des comédies fades et mal écrites, à trop vendre le cinéma avec les mêmes acteurs/actrices, à trop coloniser les émissions de divertissements et les talk-shows avec ces mêmes acteurs pour ces mêmes comédies, on ne produit qu’une seule chose: l’indifférence. »

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Répertoire vient du latin « reperire » : retrouver

Extrait du « Petit mot de nos cousins d’Utopia » dans le fanzine n°11 de l’American Cosmograph :

« On ne dira jamais assez à quel point il est goûteux, plaisant intéressant, agréable de se plonger dans des films dits de « répertoire », par contraste avec ceux qui viennent de sortir du four… Le bon pain vieillit bien, le bon vin s’améliore jusqu’à son « apogée », tandis qu’on oublie la piquette éphémère… Le cinéma aussi fait le tri entre les blockbusters et les chefs-d’œuvre. Il y a ceux vite consommés, vite oubliés et ceux qui passent les années, ceux qu’on retrouve avec un plaisir sans cesse renouvelé : ils marquent nos vies pour toujours, par leurs qualités exceptionnelles, par ce qu’ils racontent d’une époque, de vies…

On a trop pris l’habitude de picorer seul ces films-là, parfois sur son ordinateur ou une télé mal réglée qui les dévalorise, les plus jeunes ne connaissent même pas leur existence. Pourtant, rien n’est plus formidable que de déguster ces moments forts du cinéma au coude à coude dans le noir avec d’autres dans les conditions de leur première vie, sur un grand écran « a thing of beauty is a joy for ever… » disait le poète. Se plonger par eux dans un passé proche, conduit toujours à une méditation sur le présent, à une rencontre avec les valeurs éternelles de grands cinéastes dans des images qu’aucun effet spécial n’égalera jamais.

(…) Comment faire pour attirer votre attention sur ces films de « répertoire » dans des temps ou chaque nouvelle sortie chasse la précédente… comment faire pour qu’ils ne soient pas noyés dans le tintamarre des films récemment promus par les médias ? (…) »

C’est bien ce qui guide la démarche des Z’allucinés.

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