Dimanche 16 décembre à 20h30 – Ciné-concert

LE CABINET DU DOCTEUR CALIGARI

de Robert Wiene

Accompagné au piano par Frédéric Bézian

« Allez voir Caligari, le cinéma est enfin créé. » Maurice Ravel

Tarif unique : 8 euros

Date de sortie : 15 mars 1922

Durée : 1h 17min

Date de reprise (Version restaurée) : 3 décembre 2014

Réalisé par :  Robert Wiene

Avec : Werner Krauss, Conrad Veidt, Lil Dagover…

Genres : Drame, Thriller, Fantastique

Nationalité : allemande

Une fête foraine plante ses attractions dans la petite ville allemande d’Holstenwall. Un étrange vieillard, le docteur Caligari, entend y exhiber un jeune somnambule, Cesare, dont il monnaie les dons de voyant. Mais Caligari n’obtient pas de l’administration l’autorisation qu’il lui demandait. Le lendemain, le fonctionnaire responsable de cette humiliation est retrouvé mort. Le soir même, Cesare prédit à un jeune homme qu’il ne verra pas la fin de la nuit. Sa prédiction se réalise. Bouleversé, l’ami du défunt, Francis, se met à surveiller Caligari, qu’il suspecte du meurtre…

Le mouvement expressionniste, essentiellement allemand, a profondément marqué la peinture, la littérature et le théatre entre les années 1909 et 1918. Il mettait en scène un art paroxistique et révolté en opposition au symbolisme jugé décadent ou au naturalisme et à l’impressionnisme. Sa rencontre avec le cinéma fut tardive et brève, contemporaine de la République de Weimar et des conséquences de l’apocalypse de la défaite avec son inflation galopante. C’est avant tout un cinéma intégralement tourné en studio, exaspérant les formes et les contrastes dans des décors et avec des personnages irréels conduisant à un monde d’abstraction.

On a ainsi longtemps qualifié d’ »expressioniste » une grande partie de la production cinématographique allemande des années 20. L’îLe des bienheureux de Max Reinhardt (1913) ou L’étudiant de Prague de Stellan Rye (1913, restauré en 2013) préfiguraient déjà ce courant que Henri Langlois devait, par la suite, qualifier de « caligarisme » en référence au film de Robert Wiene.

En 1920, Le cabinet du Docteur Caligari eut un succés mondial. Henri Langlois écrira : « Caligari rejette dans le passé, du jour au lendemain, les réalisations et le style d’avant-guerre. [...] Il délie le cinéma allemand de son passé et lie son sort à celui du théatre et des arts d’avant-garde, affirmant ainsi la primauté de l’intellectuel sur le commercial, encourageant les audaces des transfuges du monde des arts, des lettres et du théatre ralliés au cinéma et entrainant dans leur sillage les meilleurs réalisateurs de la période précédente [...].C’est dans ce sens, beaucoup plus que dans l’avènement d’un expressionnisme cinématographique orthodoxe et total, qu’il faut chercher le rôle joué par ce film. »

La collaboration entre le théatre et le cinéma fit que le film devint un fait artistique, conception très novatrice pour l’époque, et tous les intervenants dans la fabrication du film, réalisateur, scénariste, opérateur, décorateur, sortirent de l’anonymat, gagnant une reconnaissance propre.

Ce film est une histoire de fous racontée par un fou. Les décors sont des toiles peintes offrant une vision en obliques, angles aigus et perspectives faussées. Il est aujourd’hui reconnu que le style si particulier du film est d’abord dû au décorateur Hermann Warm. La descendance pure et dure de ce film fut assez réduite : De l’aube à minuit de Karl Heinz Martin (1920) ou Le cabinet des figures de cire de Paul Leni sont les plus importants. Mais, pour certains historiens, le cinéma expressionniste recouvre la plus grande partie du cinéma allemand. Fritz Lang et FriedrichWilhelm Murnau ont toujours refusé l’étiquette d’expressionniste, mais certains de leurs films comme Les trois lumières (1921), Nosferatu (1922), Faust (1926) ou Métropolis (1927) comportent beaucoup d’effets s’y rapportant. Son influence sur le traitement de la lumière peut se retrouver également dans des films comme L’ange bleu (1930) ou L’impératrice rouge (1934) de Josef von Sternberg, Scarface (1932) de Howard Hawks, Le mouchard (1935) de John Ford ou les films d’Alfred Hitchcock et d’Orson Welles.

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Frédéric Bézian est un auteur reconnu de bandes dessinées vivant à Revel. Parmi ses nombreux titres déjà parus, on peut relever son triptyque « Adam Sarlech » (1994) pour lequel il a obtenu le prix Bloody Mary à Angoulême et « Aller-retour » pour lequel il a obtenu le Shérif d’or de la librairie Esprit BD. Son dernier ouvrage paru cette année est le tome 2 de  « Docteur Radar » : « Terreur en Italie ». Il est également musicien et accompagne régulièrement au piano divers films muets à la Cinémathèque de Toulouse.

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Le court

Le jardin de minuit

de Benoit Chieux

Nommé au César du court métrage. Un incontournable de l’année 2018, à la beauté plastique proche des films d’Hayao Miyazaki.

La lune brille, un jeune couple joue dans la forêt. Leur jeu les entraîne vers un jardin inconnu, au milieu d’une clairière. Inconscients du danger, les jeunes amoureux s’enfoncent dans les méandres du jardin de minuit. Peu à peu submergés par un charme envoûtant, ils s’égarent dans l’étrange labyrinthe. Parviendront-ils à rompre l’enchantement qui les retient prisonniers ?

Après avoir connu un ample succès, nombre de créateurs d’animation s’échinent à enchaîner avec une œuvre radicalement différente, dans le style graphique comme sur le fond, l’histoire, la forme de récit… C’est le cas de Benoît Chieux, personnalité proche de la nébuleuse Folimage qui, suite à la belle carrière du chantant Tigres à la queue leu leu, choisit de rebondir avec un film sans dialogues, poétique et mystérieux : Le jardin de minuit. Le titre fait remonter à la mémoire, plus ou moins consciemment, celui d’un film parmi les plus secrets de Clint Eastwood, Minuit dans le jardin du bien et du mal, et cette dichotomie existentielle imprègne en effet la trépidante aventure narrée. Nus comme des vers, évoluant dans un environnement au cachet volontiers paradisiaque, un couple tente d’échapper à un félin chaperon susceptible d’évoquer diverses divinités. Pour autant, la métaphore s’affranchit de symboles trop pesants, préférant faire intervenir un petit peuple de créatures surréalistes aux belles transparences pastel.

L’enchantement est total, même lorsqu’il se nimbe d’inquiétude. La réussite méritait bien en 2018 une nomination au César du court métrage d’animation, la deuxième pour Benoît Chieux après celle de ses Tigres… en 2016. Une trajectoire en pleine ascension, donc…

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Mise au point

Lors de notre séance du dimanche 17 juin où vous avez pu voir le film « L’homme du train » que vous aviez choisi, certains d’entre vous ont été troublés et nous ont posé quelques questions auxquelles nous nous sommes efforcés de répondre.

Pour clarifier les choses pour ceux avec qui nous n’avons pas eu l’occasion d’échanger, nous nous proposons de vous apporter quelques éclaircissements. C’est un peu long, mais cela peut vous aider à comprendre les difficultés que nous rencontrons pour vous proposer les films qui nous intéressent.

La distribution des films est en pleine restructuration.

Un film, depuis quelques années, ne trouve plus sa rentabilité en salles mais à la télévision, en DVD et surtout maintenant en streaming. Il est évident que ces derniers médias touchent beaucoup plus de personnes que les petits cinémas « de quartier » tels que celui de Revel. Et, ce qui ne va pas, à notre avis, dans le bon sens, la qualité technique n’a pas besoin d’être aussi poussée que pour un grand écran. Ce qui fait que les distributeurs ne trouvent plus d’intérêt à procéder à des numérisations coûteuses pour un gain fort modeste.

Il n’y a pas très longtemps, quand un cinéma voulait passer un film, il demandait au distributeur (le détenteur des droits et des copies) de lui fournir une copie en 35mm. L’exploitant devait alors supporter les frais de transport des bobines et les réacheminer après la séance, soit à l’établissement de stockage du distributeur, soit à la salle qui le programmait en suivant.

Depuis le passage au numérique, les grandes salles de programmation ont fait le choix d’abandonner le support en 35mm et de tout miser sur le numérique. Le Ciné Get, même s’il a fait le choix de conserver son projecteur 35mm, se trouve quasiment devant l’impossibilité de l’utiliser car les distributeurs ont complètement délaissé l’entretien de ces bobines. D’autant plus que les mouvements engendrés par les demandes des cinémas encore équipés auraient demandé des espaces de stockage et du personnel d’entretien et de manutention. On nous répond très souvent quand nous insistons pour obtenir des copies dans ce format qu’il n’existe que des copies de « qualité 5″, le plus mauvais état.

En ce qui concerne le numérique, la copie, d’abord fournie sous la forme matérielle d’un disque dur (DCP) qui voyageait de salle en salle, parvient maintenant à la salle par téléchargement internet. Une « clé » (KDM) générée à la demande de l’exploitant par le distributeur permet de projeter le film le(s) jour(s) choisi(s). C’est également la procédure suivie pour les courts-métrages. Il faut préciser qu’une projection commerciale est automatiquement soumise au paiement de droits au distributeur puisqu’il est impossible de générer des billets d’entrée si la séance n’est pas déclarée. J’en profite pour rappeler que les Z’allucinés ne perçoivent rien sur la recette des entrées. C’est donc Véociné qui rétribue le distributeur et qui paie les taxes et redevances pour la SACEM (Eh oui, il y a aussi des droits d’auteur).

A l’heure actuelle, exceptés quelques films du patrimoine qui bénéficient de numérisations de qualité par des entités que nous pourrions qualifier de sponsors, certains films, mais pas tous, sont numérisés pour obtenir une qualité acceptable pour un petit écran, soit sous forme de DVD (Blu-ray, mais pas toujours) ou pour un visionnage en streaming. Il faut souligner qu’ainsi, on incite les amateurs de cinéma à rester entre soi alors qu’au cinéma, devant un grand écran, parmi d’autres amateurs de bons films, on ressent d’autres sensations !

Certains distributeurs tendent à ne plus fournir de copie numérique et nous demandent d’acheter un DVD, étant eux-mêmes dans l’impossibilité de nous le fournir. Nous sommes alors contraints de le trouver dans le commerce. Ce fut le cas notamment pour le film « Cléopâtre » pour lequel nous avons acheté le Blu-ray en novembre 2015. Bien entendu, cela n’empêche pas les distributeurs de nous réclamer des droits à la même hauteur que du temps du 35mm, voire plus. Ils peuvent exiger une recette minimum (MG) pour laquelle les Z’allucinés doivent parfois compléter les entrées de la soirée.

Un ciné-club qui, par définition, cherche à proposer des films anciens, parfois peu connus et /ou peu diffusés se retrouve devant l’impossibilité de présenter des projections de qualité. Pour beaucoup de films, il n’existe même plus de distributeur (c’est le cas par exemple de « La cage aux folles » qui avait remporté un large succès à sa sortie), ce qui les condamne à ne plus être projetés. Dans le cas de « L’homme du train« , il existe un Blu-ray. Comme l’un d’entre nous avait un DVD du film, nous avons décidé de l’utiliser. Hélas, le soir de la projection, nous n’avons pu que constater que le son était altéré et que l’image était, pour certaines ambiances, de mauvaise qualité. Nous en sommes désolés.

Mais, est-ce une raison pour laisser tomber des films qui, malgré tout, présentent un intérêt certain ?

Nous disons « NON ! » Et nous ne laisserons pas à la seule Cinémathèque la possibilité de rediffuser ces perles.

Nous avons récemment cherché un film dans lequel avait joué Jacques Higelin. Force est de constater que très peu de ceux auxquels il a participé ont été numérisés ou personne ne dispose plus de droits. Le choix est très réduit. Aussi, nous en profitons pour faire un clin d’œil aux idées véhiculées par les évènements de 1968 en décidant de projeter un film controversé qui pourra initier des échanges nourris après la projection, mais en qualité DVD édité par MK2 puisqu’il n’existe pas de meilleure copie (Blu-ray) sur le marché. Ce sera « L’an 01 » réalisé par Jacques Doillon en 1975 avec le concours de Alain Resnais et de Jean Rouch sur un scénario de Gébé. Vous y retrouverez une distribution impressionnante outre Jacques Higelin avec  Cabu, Cavanna, Wolinski, Depardieu, Auteuil, Coluche, Miou-Miou, Jugnot… et bien d’autres.

Nous espérons avoir pu éclairer vos interrogations dans un univers qui est parfois assez complexe à appréhender, même pour nous.

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Grand froid sur le cinéma français

Paru sur le blog d’Ecran noir (21/06/2017) :

« C’est une longue traversée du désert que vit le cinéma français. Cela fait quatre mois que la pôle position du box office est occupée par le cinéma hollywoodien. Seuls deux films sont dans le Top 10 annuel (5 pour le Top 20). On ne compte plus les fiascos. Le dernier film français millionnaire est A bras ouvert, sorti début avril. Les comédies, genre favori des spectateurs et genre préféré des producteurs, ont subit de sérieux revers. Seulement six ont passé le cap du million d’entrées en 6 mois. Certaines ont signé de sacrées contre-performances. Hormis Raid Dingue et Alibi.com, aucune n’a vraiment fédéré au premier semestre. Ni Camille Cottin, ni Kev Adams, ni Alexandra Lamy, ni même Franck Dubosc n’ont sauvé des films que les critiques ne veulent même plus voir…

On peut aussi se désoler, dans le pays de la cinéphilie, qu’aucun autre film dramatique, d’auteur, d’action/aventures ou de « genre » n’ait pris le relais. Mais comment pourrait-il en être autrement? Qui parle de ces films à la télévision et hors des radios publiques? Le marketing hollywoodien a imposé sa toute puissance. Sans l’effet Cannes, comment Desplechin pourrait-il attirer plus de 400000 spectateurs quand, en face, les médias généralistes choisissent un Alien, des Pirates ou des Super-héros?

Le buzz sur les réseaux sociaux, le star-système est incomparablement plus puissant quand il est made in USA. Les distributeurs français ne manquent pas d’initiatives mais de moyens et de solidarité.

Consanguinité entre télé et ciné

L’INA vient de publier une étude (pour la période du 1er janvier 2010 au 31 décembre 2015) sur les talk-shows et divertissements TV et radios, ce genre où les invités sont convoités et les audiences ciblées. On constate que les invités venant du cinéma et de la musique sont les plus sollicités. En cinq ans, c’est Franck Dubosc qui a été le plus invité (95 fois!!!! dont 21 fois sur France 2), devançant François-Xavier Demaison et François Berléand, tous trois avec une carrière d’humoristes ou de théâtre. Champion toutes catégories, l’acteur-chanteur Patrick Bruel (99 fois). Et ajoutons parmi les chouchous Charles Berling, Daniel Auteuil, Isabelle Nanty, Pierre François Martin Laval, Denis Podalydès, Josiane Balasko, Gérard Jugnot et Jamel Debbouze. En clair beaucoup de plus de 40 ans, beaucoup d’hommes, beaucoup de multi-tâches, beaucoup de comédiens issus de la comédie. Et pourtant ça ne suffit pas à faire des entrées.

« On observe une importante densité au niveau des connexions entres les animateurs et leurs invités, ce qui illustre bien la tendance de la part des animateurs du corpus à inviter globalement les mêmes personnes dans leurs émissions. S’il est vrai que les animateurs ont des affinités avec certains invités, celles-ci sont la plupart du temps « non exclusives » ; autrement dit la plupart des personnes invitées régulièrement sur les plateaux des talk-shows et des divertissements ont été invitées à peu de reprises par un même animateur. En effet, de manière générale, les personnalités qui sont les plus souvent invitées ne sont pas liées à un seul présentateur, mais sont au contraire connectées à un grand nombre d’animateurs. »

Voilà. En d’autres termes la consanguinité entre animateurs et invités empêche, comme en génétique, une régénérescence de la famille. A force de voir toujours les mêmes têtes, il n’y a plus de désir, mais plutôt une lassitude. A trop produire des comédies fades et mal écrites, à trop vendre le cinéma avec les mêmes acteurs/actrices, à trop coloniser les émissions de divertissements et les talk-shows avec ces mêmes acteurs pour ces mêmes comédies, on ne produit qu’une seule chose: l’indifférence. »

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Répertoire vient du latin « reperire » : retrouver

Extrait du « Petit mot de nos cousins d’Utopia » dans le fanzine n°11 de l’American Cosmograph :

« On ne dira jamais assez à quel point il est goûteux, plaisant intéressant, agréable de se plonger dans des films dits de « répertoire », par contraste avec ceux qui viennent de sortir du four… Le bon pain vieillit bien, le bon vin s’améliore jusqu’à son « apogée », tandis qu’on oublie la piquette éphémère… Le cinéma aussi fait le tri entre les blockbusters et les chefs-d’œuvre. Il y a ceux vite consommés, vite oubliés et ceux qui passent les années, ceux qu’on retrouve avec un plaisir sans cesse renouvelé : ils marquent nos vies pour toujours, par leurs qualités exceptionnelles, par ce qu’ils racontent d’une époque, de vies…

On a trop pris l’habitude de picorer seul ces films-là, parfois sur son ordinateur ou une télé mal réglée qui les dévalorise, les plus jeunes ne connaissent même pas leur existence. Pourtant, rien n’est plus formidable que de déguster ces moments forts du cinéma au coude à coude dans le noir avec d’autres dans les conditions de leur première vie, sur un grand écran « a thing of beauty is a joy for ever… » disait le poète. Se plonger par eux dans un passé proche, conduit toujours à une méditation sur le présent, à une rencontre avec les valeurs éternelles de grands cinéastes dans des images qu’aucun effet spécial n’égalera jamais.

(…) Comment faire pour attirer votre attention sur ces films de « répertoire » dans des temps ou chaque nouvelle sortie chasse la précédente… comment faire pour qu’ils ne soient pas noyés dans le tintamarre des films récemment promus par les médias ? (…) »

C’est bien ce qui guide la démarche des Z’allucinés.

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