27 mai à 20h30 – Le diabolique Docteur Mabuse

LE DIABOLIQUE DOCTEUR MABUSE

(Die Tausend Augen des Dr. Mabuse)

De Fritz Lang

Date de sortie :1960

Date de reprise : 1 mars 2017 – Version restaurée

Durée : 1h 43min

Réalisé par : Fritz Lang

Avec : Wolfgang Preiss, Dawn Addams, Peter van Eyck

Genre : Thriller

Nationalités : française, italienne, ouest-allemande

Un journaliste est tué dans sa voiture sur la route de son travail. Le commissaire Kras apprend de son informateur Cornelius, aveugle mais voyant, qu’il voit le crime mais pas son coupable. Pendant ce temps, Henry Travers, riche industriel américain, s’installe à l’hôtel Luxor, aménagé par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale pour espionner les chambres. Il y rencontre Marion Menil, femme dépressive qu’il sauve du suicide, menacée par son mari jaloux. Hieronymus B. Mistelzweig, supposé agent d’assurances, qui passe ses journées à l’hôtel pour trouver des clients, semble toujours aux aguets et pourrait être le coupable idéal des tentatives de meurtre qui se succèdent. Il y a aussi un inquiétant médecin psychiatre, un détective d’hôtel corrompu et un berger allemand futé. Ces différents personnages qui tous mentent sauf l’Américain vont finir par mener Kras sur la piste du Dr Mabuse, disparu depuis longtemps…

Le personnage du Docteur Mabuse apparaît à l’origine dans la littérature, sous la plume de Norbert Jacques, en 1921. Le livre est un succès et Fritz Lang décide de l’adapter l’année suivante : sort ainsi Docteur Mabuse le joueur en 1922. Dix ans plus tard, en 1931, Lang tourne Le testament du Docteur Mabuse, avant de retrouver ce personnage unique encore trente ans plus tard pour un ultime film, Le Diabolique Docteur Mabuse, avec cette fois un nouvel acteur, Wolfgang Preiss, qui succède à Rudolf Klein-Rogge mort en 1955. Des suites verront le jour dans les années 1960 mais le réalisateur ne souhaitera pas y participer. Claude Chabrol, entre autres, a signé en 1990 Dr. M, un film mineur de sa filmographie.

« Mabuse revient. Et quand Mabuse revient, ce n’est jamais indifférent. C’est l’époque qui l’appelle. Que quelque chose dans l’organisation sociale soudainement dysfonctionne, que le cours de l’histoire subitement s’accidente, que l’horreur refasse surface sous un nouveau visage, et le vieux génie du mal ressort de sa bouteille. Autant dire, donc, que le moment est particulièrement bien choisi pour faire revenir Mabuse, et que depuis la victoire de Trump, le monde dans lequel on vit ressemble de plus en plus à celui qui a enfanté ce diabolique docteur se repaissant des démocraties malades. » (Les Inrockuptibles)

« Lang imagine un microcosme, représentant bien sûr le monde, dans lequel la vie intime n’existe plus, une société de la transparence globale, de l’espionnage intégral. Les moyens techniques y sont au service d’un pouvoir occulte forcément néfaste – diabolique, d’après le titre français, mais on peut préférer les mille yeux de l’original. Plus que tout cependant, ce qui réjouit le spectateur, c’est bien sûr la mise en scène de Lang, qui n’avait rien perdu de sa rigueur. Le soin apporté aux cadrages, très classique, s’accompagne d’un jeu récurrent avec les travellings qui partent d’un gros plan et qui reculent pour embrasser la totalité des personnages ; les recadrages y sont incessants, d’une forme impeccable. Rigoureux aussi le montage, qui unifie les séquences par un système d’annonce : ce qui est dit en fin de séquence est montré en début de séquence suivante ; ainsi, si quelqu’un évoque le dossier du Dr Mabuse, il apparaît dans le plan suivant. Amusant, ce procédé sert également à densifier le film, éliminant les détails inutiles. De même quand le héros propose à Marion d’aller danser, il suffit qu’il évoque la musique pour qu’on l’entende. Mais Lang n’est jamais tout à fait dupe : il introduit à l’intérieur de ce système sa propre parodie, et quand le faux assureur dit qu’il fait un temps à ne pas mettre le nez dehors, même pour un chien, on voit le chien d’aveugle devant la pluie qui tombe. » (Les Inrockuptibles)

« Ce n’est pas un remake, ce n’est pas vraiment une suite, Le diabolique docteur Mabuse est une adaptation au monde moderne du thème du criminel maléfique à la tête d’une organisation très efficace. Si le Dr Mabuse utilise des moyens modernes de vidéo surveillance pour espionner ses victimes, le film est réalisé dans le même esprit que les deux précédents ce qui a dérouté le public de l’époque qui l’a trouvé vieillot. Ce n’est pourtant guère gênant, bien au contraire, le film est ainsi assez épuré et, en outre, forme un bel ensemble avec les deux autres. L’histoire est particulièrement prenante ; Fritz Lang nous laisse pourtant deviner assez tôt qui est le Docteur Mabuse, en fait l’intrigue repose plutôt sur ses plans machiavéliques, sur la façon dont il les met en œuvre ou encore sur la façon dont il contrôle ses victimes. Le titre original « Les milles yeux du Dr Mabuse » est d’ailleurs plus significatif que le titre français. Il n’y a plus de propos politique sous-jacent comme c’était le cas vis-à-vis du nazisme dans la version de 1933, on peut toutefois y voir une certaine anticipation de la civilisation de l’image. » (Le Monde)

« Sans prétendre délivrer un essai théorique, Fritz Lang s’interrogeait dès 1960 sur la manipulation par les images… Il était surtout soucieux de trouver une troisième voie entre sa prédilection pour les aventures mystérieuses et la sécheresse formelle qui caractérise sa période américaine. Le Diabolique Docteur Mabuse n’est pas l’un de ses meilleurs films, mais reste passionnant. » (Olivier De Bruyn, Télérama)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le court

La grosse bête

de Pierre-Luc Granjon

En deux mots

Par l’une des figures majeures du cinéma d’animation hexagonal, avec la savoureuse voix-off de l’ancien Deschien Bruno Lochet.

Synopsis

Dans le royaume, on raconte qu’une grosse bête vient vous manger au moment où on ne s’y attend pas. Alors toutes les idées sont bonnes pour ne jamais oublier, mais pourtant…

Pour aller plus loin

Depuis sa fort poétique Petite escapade, Pierre-Luc Granjon apparaît comme l’une des figures majeures du cinéma d’animation hexagonal. S’il a travaillé souvent à destination des jeunes publics, La grosse bête présente la faculté assez rare de pouvoir séduire les enfants tout en offrant différents niveaux de lecture aux adultes. Le film nous entraîne, à la manière traditionnelle des contes, dans un “royaume” où une communauté – qu’on ne situe ni dans le temps, ni dans l’espace – est l’objet d’une étrange menace. La savoureuse voix-off de l’ancien Deschien Bruno Lochet capte d’emblée le spectateur et les villageois aux physiques anguleux l’impliquent directement, l’emploi conjugué du “vous” et du “on” semblant signifier que cette société lambda pourrait fort bien être la nôtre…

La grosse bête qui dévore pourrait ainsi représenter beaucoup de choses existant réellement ou se rattachant à certaines croyances (un Dieu vengeur, par exemple). Et ce petit théâtre de la condition humaine se reflète parfaitement, à travers ses papiers découpés noirs, blancs et gris, dans notre société en crise et en proie à des peurs multiples. Avec humour, c’est la soumission, l’isolement volontaire, la limitation acceptée de ses propres libertés qui est dénoncée par un film hautement politique…

Générique

Production Les Décadrés Productions

Scénario : Pierre-Luc Granjon,   Musique : Timothée Jolly,   Interprétation Yves Bardaut, Bruno Lochet

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17 juin à 20h30 – Le choix des adhérents

Le choix du programme est confié aux adhérents parmi trois films avec Jean Rochefort qui nous a quittés cette année :

L’HOMME DU TRAIN

de Patrice Leconte (2002), une occasion de rendre hommage également à Johnny Haliday qui vient de disparaitre.

Synopsis : Un mystérieux étranger descend d’un train et fait son apparition dans une petite ville. Cet individu au visage marqué, ayant pour unique bagage un sac de voyage, entre dans une pharmacie sur le point de fermer pour acheter de l’aspirine. Il fait alors la rencontre d’un professeur de français à la retraite qui lui propose de prendre un verre d’eau chez lui.
Alors que tout les oppose, ils vont sympathiser et se rendre compte que l’un aurait voulu avoir la vie de l’autre. L’ancien enseignant se rêvait aventurier, tandis que le voyageur s’envisageait pantouflard.

UN ÉLÉPHANT CA TROMPE ÉNORMÉMENT

de Yves Robert (1976)

Synopsis : L’histoire de quatre copains, restés de grands enfants à l’approche de la quarantaine. Étienne est heureux dans son couple, mais il est obsédé par l’image d’une jeune femme en robe rouge…

LE MARI DE LA COIFFEUSE

de Patrice Leconte (1990)

Synopsis : L’histoire d’un jeune garçon dont le rêve est d’épouser une coiffeuse. « Sans le savoir, Mme Sheaffer m’appartenait déjà. Son corps, son odeur étaient à moi. J’avais gagné : plus tard, je serai le mari d’une coiffeuse. »

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Grand froid sur le cinéma français

Paru sur le blog d’Ecran noir (21/06/2017) :

« C’est une longue traversée du désert que vit le cinéma français. Cela fait quatre mois que la pôle position du box office est occupée par le cinéma hollywoodien. Seuls deux films sont dans le Top 10 annuel (5 pour le Top 20). On ne compte plus les fiascos. Le dernier film français millionnaire est A bras ouvert, sorti début avril. Les comédies, genre favori des spectateurs et genre préféré des producteurs, ont subit de sérieux revers. Seulement six ont passé le cap du million d’entrées en 6 mois. Certaines ont signé de sacrées contre-performances. Hormis Raid Dingue et Alibi.com, aucune n’a vraiment fédéré au premier semestre. Ni Camille Cottin, ni Kev Adams, ni Alexandra Lamy, ni même Franck Dubosc n’ont sauvé des films que les critiques ne veulent même plus voir…

On peut aussi se désoler, dans le pays de la cinéphilie, qu’aucun autre film dramatique, d’auteur, d’action/aventures ou de « genre » n’ait pris le relais. Mais comment pourrait-il en être autrement? Qui parle de ces films à la télévision et hors des radios publiques? Le marketing hollywoodien a imposé sa toute puissance. Sans l’effet Cannes, comment Desplechin pourrait-il attirer plus de 400000 spectateurs quand, en face, les médias généralistes choisissent un Alien, des Pirates ou des Super-héros?

Le buzz sur les réseaux sociaux, le star-système est incomparablement plus puissant quand il est made in USA. Les distributeurs français ne manquent pas d’initiatives mais de moyens et de solidarité.

Consanguinité entre télé et ciné

L’INA vient de publier une étude (pour la période du 1er janvier 2010 au 31 décembre 2015) sur les talk-shows et divertissements TV et radios, ce genre où les invités sont convoités et les audiences ciblées. On constate que les invités venant du cinéma et de la musique sont les plus sollicités. En cinq ans, c’est Franck Dubosc qui a été le plus invité (95 fois!!!! dont 21 fois sur France 2), devançant François-Xavier Demaison et François Berléand, tous trois avec une carrière d’humoristes ou de théâtre. Champion toutes catégories, l’acteur-chanteur Patrick Bruel (99 fois). Et ajoutons parmi les chouchous Charles Berling, Daniel Auteuil, Isabelle Nanty, Pierre François Martin Laval, Denis Podalydès, Josiane Balasko, Gérard Jugnot et Jamel Debbouze. En clair beaucoup de plus de 40 ans, beaucoup d’hommes, beaucoup de multi-tâches, beaucoup de comédiens issus de la comédie. Et pourtant ça ne suffit pas à faire des entrées.

« On observe une importante densité au niveau des connexions entres les animateurs et leurs invités, ce qui illustre bien la tendance de la part des animateurs du corpus à inviter globalement les mêmes personnes dans leurs émissions. S’il est vrai que les animateurs ont des affinités avec certains invités, celles-ci sont la plupart du temps « non exclusives » ; autrement dit la plupart des personnes invitées régulièrement sur les plateaux des talk-shows et des divertissements ont été invitées à peu de reprises par un même animateur. En effet, de manière générale, les personnalités qui sont les plus souvent invitées ne sont pas liées à un seul présentateur, mais sont au contraire connectées à un grand nombre d’animateurs. »

Voilà. En d’autres termes la consanguinité entre animateurs et invités empêche, comme en génétique, une régénérescence de la famille. A force de voir toujours les mêmes têtes, il n’y a plus de désir, mais plutôt une lassitude. A trop produire des comédies fades et mal écrites, à trop vendre le cinéma avec les mêmes acteurs/actrices, à trop coloniser les émissions de divertissements et les talk-shows avec ces mêmes acteurs pour ces mêmes comédies, on ne produit qu’une seule chose: l’indifférence. »

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Répertoire vient du latin « reperire » : retrouver

Extrait du « Petit mot de nos cousins d’Utopia » dans le fanzine n°11 de l’American Cosmograph :

« On ne dira jamais assez à quel point il est goûteux, plaisant intéressant, agréable de se plonger dans des films dits de « répertoire », par contraste avec ceux qui viennent de sortir du four… Le bon pain vieillit bien, le bon vin s’améliore jusqu’à son « apogée », tandis qu’on oublie la piquette éphémère… Le cinéma aussi fait le tri entre les blockbusters et les chefs-d’œuvre. Il y a ceux vite consommés, vite oubliés et ceux qui passent les années, ceux qu’on retrouve avec un plaisir sans cesse renouvelé : ils marquent nos vies pour toujours, par leurs qualités exceptionnelles, par ce qu’ils racontent d’une époque, de vies…

On a trop pris l’habitude de picorer seul ces films-là, parfois sur son ordinateur ou une télé mal réglée qui les dévalorise, les plus jeunes ne connaissent même pas leur existence. Pourtant, rien n’est plus formidable que de déguster ces moments forts du cinéma au coude à coude dans le noir avec d’autres dans les conditions de leur première vie, sur un grand écran « a thing of beauty is a joy for ever… » disait le poète. Se plonger par eux dans un passé proche, conduit toujours à une méditation sur le présent, à une rencontre avec les valeurs éternelles de grands cinéastes dans des images qu’aucun effet spécial n’égalera jamais.

(…) Comment faire pour attirer votre attention sur ces films de « répertoire » dans des temps ou chaque nouvelle sortie chasse la précédente… comment faire pour qu’ils ne soient pas noyés dans le tintamarre des films récemment promus par les médias ? (…) »

C’est bien ce qui guide la démarche des Z’allucinés.

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